François Hollande était l'invité de "Parole de candidat": ses propositions

LAURENCE FERRARI
Bonsoir à tous et bienvenue dans « Parole de candidat », l’émission qui met face-à-face les Français et les candidats à l’élection présidentielle. Ce soir, vous avez la parole, à la fois sur ce plateau à travers les quatorze Français qui sont là et qui ont des questions à poser au candidat, mais aussi depuis chez vous, puisque vous pouvez réagir en direct sur notre site TF1NEWS.FR. D’ici quelques minutes, d’ici une grosse demi-heure, je poserai vos premières questions à notre invité. Et puis, il y a aussi l’interview sans concession des cinq journalistes qui sont juste là, vous les connaissez, vous connaissez le principe de l’émission. Tout de suite, on accueille notre invité, le candidat socialiste FRANÇOIS HOLLANDE. Bonsoir, monsieur HOLLANDE.
FRANÇOIS HOLLANDE
Bonsoir.
LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup d’avoir accepté le principe de « Parole de candidat », une interview, un exercice de vérité où il faut répondre, les yeux dans les yeux, aux Français, un exercice dont ils espèrent tout, sauf qu’il sera muet. On commence, juste un petit clin d’œil aux Oscar et au film « The Artist », vous êtes heureux pour l’équipe qui a été primée ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, heureux pour l’équipe, heureux pour Jean DUJARDIN, heureux pour Michel HAZANAVICIUS qui a réussi cette performance. Et puis, heureux pour la France, il n’y a quand même pas beaucoup de moments où on peut être fier de la création, de la culture, du cinéma. La culture, c’est un élément très important de l’identité nationale justement, c’est bien ce qui fait notre force dans le monde. Donc, il ne faut pas la regarder toujours comme une charge, comme un plaisir qui n’aurait pas de conséquences économiques, ça a aussi des conséquences économiques. Donc, je voudrais aussi en féliciter tous ceux qui ont permis la réussite de ce film.
LAURENCE FERRARI
Une ou deux questions rapides avant de passer la parole aux Français. Ce matin, le candidat Nicolas SARKOZY était l’invité de la radio RTL, il a multiplié les attaques à votre égard, il vous accuse de « mentir aux Français », de faire preuve de « démagogie extravagante ». Que lui répondez-vous ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Il faut répondre, vous croyez, quand il y a autant d’outrance ! Il faut laisser passer ce genre d’attaques, non pas qu’il ne faille pas être dans une réponse qui mérite, à un moment, d’être donnée sur le fond, mais pas…
LAURENCE FERRARI
On a l’impression que vous êtes toujours en retrait…
FRANÇOIS HOLLANDE
Non, je ne veux pas être en retrait…
LAURENCE FERRARI
… Quand il dit « vous mentez sur le blocage des prix de l’essence, vous êtes démagogique sur la création des 60 000 postes dans l’Education nationale »…
FRANÇOIS HOLLANDE
Mais on va en parler, je préfère qu’on parle du fond. Si on veut parler du blocage des prix de l’essence, je pense qu’il faut bloquer les prix de l’essence pendant trois mois. Parce qu’il y a des comportements de marges qui ne sont pas acceptables. Et puis, ensuite, mettre en place ce que j’appelle la TIPP flottante, ce n’est pas normal que l’Etat gagne des recettes sur la hausse du prix des carburants. Donc, restituer aux consommateurs ce que l’Etat reçoit en recettes supplémentaires.
LAURENCE FERRARI
On va en parler dans un instant avec les Français…
FRANÇOIS HOLLANDE
Sur les postes d’enseignants, il aurait mieux fait, là aussi, de réviser ses chiffres.
LAURENCE FERRARI
Tout de même, vous n’êtes pas en colère lorsqu’il s’attaque plus ou moins ouvertement à votre compagne, Valérie TRIERWEILER, en disant qu’elle travaille dans le groupe BOLLORE, donc que vous êtes proche de certains patrons du CAC 40, ça ne vous fait pas réagir ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Ça me fait réagir parce que la politique appelle effectivement des attaques et je les reçois avec résistance et avec aussi sérénité. Mais il y a un principe dans la vie, c’est l’élégance. Il faut être élégant. Il s’agit de ne pas s’en prendre à la compagne d’un candidat. Au prétexte de quoi d’ailleurs ? Qu’elle fait son métier de journaliste, de manière indépendante, dans un groupe de presse ? Je n’ai pas très bien compris ce qui était son allusion. Je sais qu’il a un problème, qu’il le confie, qu’il l’avoue, qu’il dit qu’il n’aurait pas dû être au Fouquet’s, qu’il a été sur un bateau qui appartenait à monsieur BOLLORE. Mais ce n’est pas une raison, parce qu’il a commis ces erreurs, de les laisser penser commises par tous. Non. Il a eu des erreurs de comportement, il a fait des choix, il a ses relations, il a ses complaisances, il a ses connivences. Il n’a pas besoin de s’en prendre, qu’il s’en prenne à moi, je vous ai dit ce que j’avais à répondre, sur le fond. Moi, je pense que les Français méritent un beau débat pour l’élection présidentielle. Mais s’en prendre à une journaliste indépendante, parce qu’elle est ma compagne ! Je laisse ça finalement au jugement des Français. Ça s’appelle l’élégance. On parlait tout à l’heure du film, de la culture française, de ce qui est le raffinement, de ce qui évite la vulgarité, voilà une bonne leçon !
LAURENCE FERRARI
Vous parlez de respect et d’élégance, est-ce que vous condamnez les propos de l’une de vos porte-parole, Najat VALLAUD-BELKACEM, qui estime que le modèle de Nicolas SARKOZY, c’est un mélange de BERLUSCONI et de POUTINE ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Mais il n’y a pas besoin d’aller prendre des exemples à l’étranger !
LAURENCE FERRARI
Vous cautionnez ceci ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Je pense que le candidat sortant a un bilan, il suffit de le ramener à ce qu’il a promis, ce qu’il n’a pas fait ou ce qu’il a mal fait, pas besoin d’aller chercher des références à l’étranger.
LAURENCE FERRARI
Est-ce qu’elle parle en votre nom quand elle dit ça ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Elle parle, ça peut arriver, la polémique peut s’envenimer ! Moi, j’essaye d’être au niveau que les Français réclament dans une élection présidentielle, c’est-à-dire au niveau de leurs problèmes, de leurs préoccupations, du changement qu’ils attendent. Je ne veux pas que la campagne présidentielle soit ratée, ce combat qu’on voudrait, ce pugilat ! Vraiment, moi, je répondrais ! Mais je pense que les Français attendent davantage, ils veulent savoir dans quel monde nous allons nous engager, comment nous allons nous mettre en situation d’y répondre et comment nous allons pouvoir nous réunir. Parce qu’après une élection présidentielle, on va voter, j’ai l’impression qu’il va y avoir un candidat qui va être élu à la fin, c’est généralement comme ça que ça se termine ! Mais le candidat qui sera élu, son premier devoir, et si je suis le prochain président, c’est de réunir, c’est de réconcilier, c’est de rassembler. Parce que nous avons besoin de faire avancer la France. Donc, je laisse ça à d’autres…
LAURENCE FERRARI
Mais avant cela, il faut répondre aux questions des Français, monsieur HOLLANDE…
FRANÇOIS HOLLANDE
… Pour faire des polémiques.
LAURENCE FERRARI
… On va leur passer la parole. Tout de suite, on va regarder un petit clip de présentation des Français.
/// Clip de présentation ///
LAURENCE FERRARI
Monsieur HOLLANDE, la première question vous est posée par EDOUARD BOUCHER, qui est juste là. Bonsoir, Edouard. Vous avez 28 ans, vous venez de l’Orne, vous avez développé avec vos frères un dispositif d’économie de carburant et votre question porte sur les carburants à monsieur HOLLANDE.
EDOUARD BOUCHER, GERANT D’ENTREPRISE
Bonsoir. Tout à fait. Bonsoir, monsieur HOLLANDE. Notre société qui développe des solutions en matière d’économies d’énergie qui sont accessibles sur notre site Internet ECOMOTEUR.NET (phon), qui seront présentées au Concours Lépine 2012. Le budget des ménages, le pouvoir d’achat des Français est amputé de jour en jour par ces dépenses de carburant incompressibles. Qu’allez-vous mettre en place face à la flambée du carburant qui est actuellement un fardeau pour les Français ?
FRANÇOIS HOLLANDE
D’abord, vous aider, vous, à inventer ce qui peut permettre d’économiser les carburants.
EDOUARD BOUCHER
Ah, c’est très bien ça, effectivement !
FRANÇOIS HOLLANDE
C’est le premier principe. Mais en attendant que vous ayez fait les inventions, que les constructeurs automobiles aussi poursuivent, nous avons un problème urgent. Parce que pour beaucoup de Français, qui n’ont pas les moyens d’avoir partout sur le territoire des transports collectifs, il convient d’utiliser son véhicule individuel. Pour l’instant, les prix sur les marchés pétroliers ont beaucoup augmenté. De ce point de vue-là, le gouvernement, le président de la République sortant n’y peuvent rien, ce sont les prix de marché. En même temps, 60 % du prix des carburants, ce sont des taxes. Ce qui veut dire que pour une partie, uniquement la TVA, chaque fois que le prix du pétrole augmente, la TVA finalement crée une recette supplémentaire pour l’Etat. Est-ce que c’est juste ? Est-ce que c’est normal ? Donc, moi, ce que je propose, c’est d’abord de faire une pause, trois mois, on met essentiellement les distributeurs face à leurs responsabilités, on essaye de voir comment ils peuvent davantage répercuter la baisse, quand elle existe, et pas faire aussi mécaniquement, la hausse, quand elle apparaît. Et puis, ensuite, une fois qu’on a fait cette période de blocage, trois mois, on met en place le mécanisme fiscal dont j’ai parlé, c’est-à-dire de restituer aux consommateurs ce que l’Etat n’a pas à avoir comme recettes supplémentaires. Les deux systèmes ont déjà existé, parce que j’entendais le candidat sortant dire on n’a jamais bloqué le prix de l’essence…
LAURENCE FERRARI
Oui, il dit ça n’a aucun sens de bloquer les prix, car la France importe le pétrole !
FRANÇOIS HOLLANDE
On l’a déjà fait, ça s’est fait notamment lors de la première guerre du Golfe, c’était Pierre BEREGOVOY qui avait institué le blocage pendant quelques semaines. Et puis, sur le blocage, il y a même eu des décisions qui ont été prises Outre-Mer, encore récemment. Donc, nous pouvons le faire. Des textes nous permettent d’ailleurs d’introduire le blocage. Ensuite, sur la TIPP flottante, puisque c’est ce mécanisme-là qui avait déjà été engagé sous le gouvernement de Lionel JOSPIN, nous pouvons parfaitement le rétablir. Je ne dis pas que ce sera la solution, parce que si le prix du pétrole continue d’augmenter, nous aurons de toute manière à avoir des véhicules qui consomment moins, d’où, j’y reviens, votre recherche qui mérite d’être encouragée.
EDOUARD BOUCHER
Oui, monsieur HOLLANDE, le changement, c’est maintenant, c’est votre slogan, justement, le Grenelle de l’environnement… il y a quatre ans à peu près, si je ne me trompe pas, la France s’est engagée comme ses confrères européens vis-à-vis de ça. ECOMOTEUR, notre société, répond à cette équation carburant / CO2. Justement, quelles mesures pourrions-nous mettre, demain, en place – sachant que vous serez peut-être président – pour que les constructeurs reconnaissent notre système ? Car, nous dépolluons considérablement, au-delà de faire des économies.
FRANÇOIS HOLLANDE
Il y a à la fois un enjeu de pouvoir d’achat, essayer de nous mettre en moindre dépendance par rapport aux prix du pétrole. Et puis, il y a un enjeu environnemental, puisque chaque fois que nous utilisons un véhicule qui fonctionne à l’essence ou au gazole, ça génère du CO2. Pour cela, il faut avoir une motorisation différente. Donc, pour les constructeurs automobiles, je suis prêt à envisager d’aider à la recherche, pour que ces constructeurs automobiles mettent en place toutes les formes de motorisation, électrique, hybride, toutes les façons de ne pas consommer du pétrole. J’espère que ça pourra…
EDOUARD BOUCHER
… Des gens comme nous…
FRANÇOIS HOLLANDE
… Ça, je ne peux pas le décider…
EDOUARD BOUCHER
Oui, bien sûr…
FRANÇOIS HOLLANDE
… Mais je pense que nous avons suffisamment d’inventeurs, suffisamment de laboratoires pour nous permettre d’être les premiers. D’ailleurs, je fais observer que dans une usine du groupe RENAULT, Cléon, il va y avoir un véhicule électrique qui va bientôt, qui est maintenant déjà prêt.
LAURENCE FERRARI
Un mot sur les taxes dont vous parliez à l’instant, est-ce que vous allez demander aux présidents de région, qui sont donc évidemment majoritairement socialistes, de baisser un petit peu les taxes qu’ils prélèvent aussi sur l’essence ?
FRANÇOIS HOLLANDE
C’est essentiellement l’Etat – parce que j’ai entendu cet argument – c’est l’Etat qui récupère pour l’essentiel la TIPP. Il y a quelques centimes qui ont été concédés aux régions en fonction de transferts de compétences. C’est très difficile pour ces régions aujourd’hui de se passer de ces taxes. La région n’a plus d’autonomie fiscale du tout, donc si elle perd ces taxes, elle ne pourra plus conduire les politiques qui sont absolument nécessaires, notamment pour soutenir les entreprises.
LAURENCE FERRARI
La deuxième intervenante, c’est SOPHIE POUX, bonsoir Sophie. Vous êtes agricultrice, dans l’élevage et la laiterie, 41 ans, mariée, deux enfants, dans le Tarn-et-Garonne. On vous a déjà vue sur TF1, puisque, vous aviez, à l’époque, participé à l’émission « Paroles de Français » avec Nicolas SARKOZY, le président a visité votre ferme aussi l’an dernier. Votre question bien sûr porte sur les agriculteurs et les éleveurs notamment.
SOPHIE POUX, AGRICULTRICE
Je suis à la mode parce qu’il y a le salon en ce moment ! J’ai tellement de questions à vous poser, je vais essayer de faire très court, parce que je suis harcelée au téléphone… Donc, pour faire assez clair, l’agriculture, on a rentré, je crois, 11,4 milliards en 2011 d’argent au pays. Dans l’agriculture, il y a plusieurs catégories, moi, c’est l’élevage. L’élevage, on va tous très mal. Le système européen actuel nous propose, nous prône, nous encourage à faire des structures immenses. Les exploitations familiales avec les couples, ce n’est plus la mode, il parait qu’il y a un projet de 1 000 vaches, je crois, c’est énorme ! Donc, on nous prône à produire plus, alors qu’on ne gagne pas notre vie, on produit à perte. On vend aux industriels à perte, qui transforment et qui vendent cher aux distributeurs et qui vendent encore plus cher aux consommateurs. Donc, ce lien est perdu, on a deux maillons qui sont perdants, les producteurs et les consommateurs. Le système européen veut casser ça. Donc, moi, je pense au consommateur, je pense à… territoire, je pense à mon salaire, que je ne peux pas prendre, je pense à tout ça. Donc, est-ce que vous êtes d’accord avec ce système de faire grosse structure ou de rester au point de vue un peu plus humain pour les territoires, pour les régions et laisser aux Français manger les produits qu’on sait faire et pas aller leur faire un peu comme dans « L’aile ou la cuisse », on met un truc vert, il sort une salade, en gros ! ? J’ai essayé de faire vite, mais…
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, oui, mais la question était suffisamment claire. Nous avons plusieurs agricultures dans l’agriculture française. Il y a une agriculture très productive, qui mérite, là aussi, d’être soutenue et encouragée. Mais on voit bien qu’elle ne correspond pas à tout ce que les consommateurs attendent aussi, une agriculture plus proche, plus respectueuse, plus attentive à l’emploi. Donc, nous avons besoin de tous les modèles agricoles dans l’agriculture française. Qu’est-ce que je propose ? Je propose que les aides soient davantage liées à l’emploi et à l’utilisation du territoire. C’est-à-dire que nous puissions avoir des agriculteurs encore dans notre pays…
LAURENCE FERRARI
Plus qu’à la surface de l’exploitation…
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, parce que, comme vous le disiez, c’est vrai qu’on a un système d’aide qui encourage le productivisme et qui n’encourage pas toujours la qualité et le respect de l’environnement. Je vais quand même dire quelle est la situation que les agriculteurs vivent. Toutes les deux heures, toutes les deux heures, il y a une exploitation qui disparaît en France. Donc, si on ne maintient pas une agriculture qui occupe le territoire, vous voyez ce que pourrait être le mode de production en France.
SOPHIE POUX
Moi, je le vois tout à fait.
FRANÇOIS HOLLANDE
On le voit, puisqu’il y a certaines régions qui connaissent déjà cette situation. Donc, nous avons besoin de toutes les agricultures françaises, elles doivent être considérées avec le même égard, mais les aides doivent aller prioritairement aux agricultures qui maintiennent des hommes et des femmes sur le territoire. Ce qui n’est pas le cas.
SOPHIE POUX
Les aides ne sont pas tout à fait, à mon sens, tout à fait logiques. On veut pouvoir vivre de notre travail.
FRANÇOIS HOLLANDE
Voilà, je vais revenir sur une deuxième question que vous avez posée, c’est le rapport entre producteur, transformateur, distributeur…
SOPHIE POUX
Et consommateur, quatre on est…
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, le consommateur étant finalement celui qui va payer le produit. On s’aperçoit que pour le producteur, il n’a aucune maîtrise de ses prix, ni l’achat de ses matières premières, qui augmentent d’ailleurs, toujours le problème du carburant, et puis, le prix à la vente qui n’est pas maîtrisé. Donc, moi, ce que je propose, c’est qu’il y ait un contrat entre producteur et distributeur, pour que nous puissions avoir des prix qui puissent être respectés. On le voit bien pour le lait, c’est très important pour le lait…
SOPHIE POUX
Je fais du lait.
FRANÇOIS HOLLANDE
Je sais, puisque je vous avais entendue avec Nicolas SARKOZY, pour le lait, c’est très important qu’on puisse avoir un contrat collectif qui puisse être passé entre les acheteurs et…
SOPHIE POUX
Comment vous allez nous rendre le pouvoir ? Parce qu’on n’a aucun pouvoir !
FRANÇOIS HOLLANDE
Exactement ! Le pouvoir, il doit être collectif…
SOPHIE POUX
Ni de prix…
FRANÇOIS HOLLANDE
… Si vous voulez être forts, il faut vous regrouper et qu’il y ait un accord qui soit passé avec les transformateurs et les distributeurs.
SOPHIE POUX
A mon avis, ce ne sera pas si simple, peut-être qu’on aura besoin de l’Etat pour faire ça !
FRANÇOIS HOLLANDE
Mais l’Etat sera justement à votre côté…
SOPHIE POUX
Parce qu’on est de moins en moins nombreux et on fait un produit, comme le lait, par exemple, qui est frais, et puis, il faut être dans la réalité, si on ouvre un peu trop… si tu n’es pas content, je ne te collecte plus, ça se passe comme ça…
FRANÇOIS HOLLANDE
C’est pour ça qu’on ne peut pas vous laisser seuls face-à-face, vous ne gagnerez pas seuls…
SOPHIE POUX
Mais par rapport à une laiterie qui aurait des millions, comment voulez-vous…
FRANÇOIS HOLLANDE
… Donc, par rapport à ceux qui… il faut vous regrouper et vous amener à contractualiser avec l’acheteur…
LAURENCE FERRARI
Vous n’êtes pas convaincue, Sophie, par la réponse de monsieur HOLLANDE…
FRANÇOIS HOLLANDE
Mais c’est comme ça qu’on vous aidera, je ne vois pas d’autre solution…
SOPHIE POUX
Un bon contrat, comme un acteur de cinéma…
FRANÇOIS HOLLANDE
Je ne sais pas…
SOPHIE POUX
Un bon contrat, on signe un contrat…
FRANÇOIS HOLLANDE
Un contrat où on vous garantit une quantité et un prix.
SOPHIE POUX
Un bon prix.
FRANÇOIS HOLLANDE
Le meilleur prix possible, mais je ne vais pas, ici, vous dire quel sera le prix. Je pense que ça fait partie justement de la négociation…
SOPHIE POUX
Ça a un coût. Moi, je ne vends pas mon litre de lait, on me le ramasse et on me donne ce qu’on veut bien me donner.
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, bien sûr. Mais pour l’instant, vous êtes seule face à celui qui vous ramasse le lait.
SOPHIE POUX
Et on va être de plus en plus seuls et de moins en moins nombreux !
FRANÇOIS HOLLANDE
Donc, je veux que vous soyez regroupés et que vous puissiez faire un contrat collectif avec les transformateurs et après les distributeurs.
LAURENCE FERRARI
On va passer à la question suivante, c’est GEORGES TAYAR qui vous la pose. Bonsoir, Georges, 60 ans, vous avez trois enfants, vous êtes coiffeur à Boulogne-Billancourt, vous voulez nous parler des taxes qui pèsent sur les petites entreprises, je crois.
GEORGES TAYAR, COIFFEUR
Bonsoir. Plus précisément sur l’exonération… l’exonération fiscale des heures supplémentaires. Vous avez décidé, il me semble, si vous êtes élu, de les supprimer. Moi qui vis sur le terrain, qui suis avec des collaborateurs, je peux vous dire que ça a été une grosse déception de savoir en plus que ça venait de vous, d’une part. D’autre part, il est très difficile, même en entreprise, de pouvoir expliquer à des gens finalement qu’on peut leur reprendre ce qu’on leur a déjà donné. C’est un manque de crédibilité pour moi. Donc, moi, ma véritable question, ma véritable interrogation, c’est de me dire, monsieur HOLLANDE, est-ce que vous ne faites pas là une erreur de jugement ? Parce que, finalement, ces gens-là travaillent, bien évidemment, ils profitent et ça leur amène directement le produit de l’exonération. Mais au-delà de ça, moi, j’ai l’impression, c’est que – je ne suis pas le seul à le penser puisque je fais partie d’une fédération où il y a énormément de coiffeurs, bien évidemment – on a beaucoup besoin des heures supplémentaires, parce qu’on a beaucoup souffert déjà avec les 35 heures, aujourd’hui, on se réhabilite un petit peu. Donc, ma question, elle est relativement simple. Monsieur HOLLANDE, sans aucun a priori, est-ce que vous n’êtes pas en train plutôt de régler vos comptes avec « le travailler plus pour gagner plus » ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Là encore, je vous dis, moi, je ne veux pas régler de comptes. Je veux essayer d’améliorer le compte de la maison France. Pour les grandes entreprises et les moyennes entreprises, aujourd’hui, lorsqu’elles font travailler leurs salariés en heures supplémentaires, elles sont exonérées de cotisations sociales. Ça leur coûte donc moins cher de faire travailler une personne en heures supplémentaires plutôt que d’en embaucher une autre qui serait au plein tarif d’une heure, on est d’accord là-dessus ! Donc, pour les moyennes et grandes entreprises, je considère qu’on ne peut pas, dans une période de chômage comme nous le connaissons, près de 3 millions de chômeurs, nous ne pouvons pas inciter aux heures supplémentaires, même si elles sont majorées, elles resteront majorées, les heures supplémentaires, heureusement, seront mieux rémunérées que les heures normales en termes de salaire, mais je ne pense pas qu’il soit souhaitable d’inciter, c’est-à-dire d’exonérer de cotisations sociales les heures supplémentaires dans les grandes entreprises. Mais j’ai tenu compte de votre observation, avant que vous ne me la fassiez, dans les petites entreprises. Parce que dans les petites entreprises, on est obligé de faire des heures supplémentaires.
GEORGES TAYAR
On ne peut pas toujours embaucher !
FRANÇOIS HOLLANDE
Quand on a, je ne sais pas combien vous avez de collaborateurs, deux ou trois…
GEORGES TAYAR
Une vingtaine ! Mais on ne peut pas toujours embaucher !
FRANÇOIS HOLLANDE
La vingtaine, si vous avez une vingtaine, c’est déjà plus important ! Mais même à vingt, je considère que, on l’avait d’ailleurs fait quand on a placé les heures supplémentaires, on avait fait une distinction entre les grandes et les petites entreprises. Donc, pour les petites, les moins de vingt, il y aura le mécanisme qui demeurera d’exonération de cotisations sociales pour les heures supplémentaires.
GEORGES TAYAR
Je dois en prendre acte, monsieur HOLLANDE…
FRANÇOIS HOLLANDE
Vous en prenez acte… Mais je dois vous dire, si vous avez plus de vingt salariés, à ce moment-là, vous rentrerez dans le système tel que je l’ai indiqué, c’est-à-dire de la fin de l’exonération des cotisations sociales sur les heures supplémentaires.
LAURENCE FERRARI
Georges, les 35 heures, ça a été compliqué pour vous ou pas ?
GEORGES TAYAR
Ah oui, franchement, ça a été un casse-tête ! Je ne vous cache pas que de refuser une cliente à 16h00, ce n’était pas évident !
FRANÇOIS HOLLANDE
Mais avec déjà vingt salariés, vous pouvez faire tourner davantage votre main d’œuvre…
GEORGES TAYAR
Non, mais je vous rassure, on a un salon qui tourne bien.
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, oui, mais j’irai vous voir !
GEORGES TAYAR
En plus, on est voisins !
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, j’irai vous voir ! Mais que les choses soient claires, je pense que votre question était très utile, pour les entreprises de plus de vingt, le système sera terminé, il n’y aura plus d’exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires. Pour les entreprises de moins de vingt, nous garderons ce système.
GEORGES TAYAR
Mais vous êtes d’accord avec moi, monsieur HOLLANDE, le travail ne se partage pas forcément ! Moi, je n’ai pas la possibilité de rajouter une personne de plus dans mon salon ! Mais en même temps…
FRANÇOIS HOLLANDE
Non, mais en même temps, on ne peut pas faire travailler ceux qui sont déjà au travail…
GEORGES TAYAR
Mais ce n’est pas nous qui détruisons, avec les heures supplémentaires, le travail, on est bien d’accord ! J’ai entendu ce genre de commentaires…
FRANÇOIS HOLLANDE
Non, non, mais on ne peut pas faire travailler davantage ceux qui sont déjà au travail, alors qu’il y en a tant d’autres qui voudraient travailler. Donc, ce que je veux dire, c’est que, parfois, il est nécessaire de recourir aux heures supplémentaires, il y a une surcharge d’activité, vous avez des moments de surchauffe, vous prenez vos salariés qui sont là, vous n’allez pas embaucher alors que vous savez que c’est une période très conjoncturelle ! Je ne sais pas quelle est la période conjoncturelle pour les coiffeurs, mais enfin, ça doit être plutôt la fin de l’année ou certains moments… Là, on prend les personnes qui sont là ! Mais lorsque nous avons un besoin continu de main d’œuvre, je préfère que ce soit une embauche plutôt que des heures supplémentaires qui continuent à être faites.
LAURENCE FERRARI
On va passer maintenant la parole à NATHALIE JACQ-RICHARD, bonsoir Nathalie. Vous avez 47 ans, vous êtes cadre senior à Nantes. Vous avez retrouvé du travail après une période de dix-huit mois de chômage. Justement, vous avez des questions à poser à monsieur HOLLANDE sur l’emploi.
NATHALIE JACQ-RICHARD, ATTACHEE DE DIRECTION
Bonsoir. Oui, tout à fait. Dix-huit mois de recherche d’emploi, c’est long. Mes premiers rendez-vous avec Pôle Emploi, j’ai très vite compris que Pôle Emploi n’allait pas apporter la dynamique que je recherchais. Pour moi, le temps était compté, précieux. Donc, j’ai cherché tout de suite à ne pas rester isolée et à m’adosser à des associations de cadres en recherche d’emploi comme moi, l’association « Market Cadres » notamment. Grâce à cette association, j’ai pu très vite gagner du temps, définir mon objectif, ma stratégie de recherche d’emploi. Cela m’a bien aidée, puisque depuis janvier 2012, j’ai retrouvé un poste et j’en suis très heureuse. Néanmoins, il y en a encore beaucoup qui sont de l’autre côté de la barrière, je pense à tous ceux qui sont encore chez « Market Cadres » en recherche. Si j’ai fait le bilan de ces dix-huit mois de recherche, tout comme eux, j’ai eu une cinquantaine d’entretiens, avec en fait aucun en provenance de Pôle Emploi qui soit en adéquation avec mes compétences, pour la plupart, sous-dimensionnés ou en décalage avec mes compétences et mon expérience. A mes demandes de formation, pas de réponse, pas de budget, pas de calendrier, ça tombe mal, ce n’est pas pour vous. Si vous êtes élu à la présidence de la République, monsieur HOLLANDE, comment, concrètement, comptez-vous réformer le service de Pôle Emploi, pour que, enfin, ils mettent en adéquation la réalité du terrain, la réactivité et qu’ils rendent vraiment leur mission ?
FRANÇOIS HOLLANDE
D’abord, merci pour votre témoignage, parce que c’est long, tant de mois à chercher du travail, même si, à la fin, vous y avez réussi. Moi, je veux m’engager sur l’emploi, je ne veux pas faire de promesses déraisonnables, je ne veux pas fixer de chiffres. Mais je considère qu’avoir eu pendant le dernier quinquennat 1 million de chômeurs supplémentaires, c’est un échec. Même s’il y a eu une croissance faible et une crise, je la constate. Mais je considère qu’on n’a pas mis tous les moyens au service des demandeurs d’emploi. Qu’est-ce que ça veut dire tous les moyens ? Il y a un service qui s’est créé, Pôle Emploi, rapprocher ce qu’était l’UNEDIC et l’ANPE, on a mis ça dans une même administration, un même service.
LAURENCE FERRARI
Il faut embaucher plus de conseillers à Pôle Emploi ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Il faut individualiser, il faut accompagner. Moi, je vais faire une proposition. Chaque personne qui se présenterait à Pôle Emploi serait dans une situation de contrat avec Pôle Emploi. C’est-à-dire demandeur d’emploi, c’est un contrat qui peut être très court si on retrouve un emploi dans quelques jours ou quelques semaines, mais il y a un contrat. Qu’est-ce que je peux avoir comme formation, qu’est-ce que je peux avoir comme recherche effective d’emploi, qu’est-ce que je peux avoir comme présentation à des entreprises, Pôle Emploi s’engageant vis-à-vis du demandeur d’emploi. Vous avez dit tout à l’heure, Madame, j’ai noté cela, « on ne m’a pas fait de proposition de formation », ce n’est quand même pas acceptable ! J’ai entendu qu’un candidat disait, il faut obliger à la formation ! Mais là, en l’occurrence, on ne fait pas de proposition de formation.
NATHALIE JACQ-RICHARD
Encore faut-il que Pôle Emploi ait les moyens humains, comme vous disiez. A Nantes, un conseiller Pôle Emploi gère 250 demandeurs d’emploi, il est censé les voir tous les mois. Moi, j’ai vu mes conseillers Pôle Emploi entre quatre à six mois en moyenne. Je parle pour beaucoup d’autres que je connais. Ce n’est pas normal, il faut donner des moyens, il faut mettre des budgets derrière, concrets. Lesquels ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Il y avait eu, quand Pôle Emploi a été créé, des engagements qui avaient été pris, notamment en termes de recrutement et d’encadrement. Là, nous venons d’apprendre qu’il y a simplement des CDD qui vont être recrutés à Pôle Emploi pour venir en soutien aux chômeurs !
LAURENCE FERRARI
Vous, vous proposez des embauches ou pas ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Mais il en faudra, bien sûr ! Les chiffres qui ont été donnés par Madame sont tout à fait exacts.
LAURENCE FERRARI
Combien ?
FRANÇOIS HOLLANDE
C’est-à-dire il y a une personne de Pôle Emploi pour 200…
NATHALIE JACQ-RICHARD
250…
FRANÇOIS HOLLANDE
… 250 demandeurs d’emploi. Donc, il faut ramener cela à une plus juste proportion, 100-150… Et puis, ce n’est pas toujours le même rapport, parce qu’il y a des demandeurs d’emploi qui exigent plus de soutien, plus d’accompagnement que d’autres. Donc, c’est très important qu’on ait plus de moyens humains à Pôle Emploi, ça fait partie des priorités qu’il convient de dégager. Il ne s’agit pas, là encore, de prendre des emplois de fonctionnaires, puisque, effectivement, les Français n’en veulent pas ! Ce qui est clair, c’est que si on veut avoir un service qui fonctionne, il faut avoir des moyens humains et des personnes qui soient recrutées à des niveaux de qualification élevés, parce que ça suppose de pouvoir donner de bons conseils et pas de prendre des CDD pour accueillir des chômeurs et leur proposer des stages parking.
LAURENCE FERRARI
Nathalie, convaincue ou pas par la réponse ?
NATHALIE JACQ-RICHARD
Pour cette réponse, oui. J’ai une autre question qui porte sur une autre population, vous avez dit tout le monde n’est pas égal, c’est vrai, les besoins sont différents. Les seniors, c’est une population extrêmement touchée, 860 000 personnes de plus de 45 ans, la durée du chômage est de plus en plus longue. Ces gens-là ont besoin d’un accompagnement tout à fait différent. Vous avez prévu un contrat générationnel, j’aimerais que vous puissiez le détailler davantage. J’ai l’impression qu’il y a la période de plein emploi, c’est 30-45 ans, avant, on est junior, on n’est pas formé, on n’est pas opérationnel pour les recruteurs, il y a peu d’intérêt. Les seniors, ils coûtent cher, ils sont peu adaptables. Qu’est-ce qu’on peut faire ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Mais vous vous rendez compte de ce que vous venez de décrire, qui est très juste ! C’est-à-dire qu’on est trop jeune pour entrer dans l’emploi jusqu’à 30 ans ! Jusqu’à 30 ans, la plupart des jeunes n’ont que des contrats à durée déterminée ou de l’intérim, très peu sont en contrat à durée indéterminée. A 45 ans, 47 ans, on est déjà considéré comme trop âgé, je force le trait, mais en tout cas, à 55 ans, on vous fait comprendre que vous êtes déjà de trop dans l’entreprise. Donc, j’ai réfléchi à cette situation. On a eu les chiffres du chômage qui ont été publiés encore pour ce mois-ici, qui montrent une progression. Ça progresse le plus aux deux extrémités de la vie professionnelle, chez les jeunes et chez les seniors. Donc, j’ai fait une proposition et je considère que ça doit être une proposition centrale dans la campagne. L’employeur qui gardera un senior, le temps qu’il puisse partir à la retraite dans de bonnes conditions, et qui embauchera un jeune avec un contrat à durée indéterminée – j’insiste bien sur indéterminée – cet employeur-là ne paiera plus de cotisations sociales sur les deux emplois. Quel est l’intérêt ? D’abord, c’est un intérêt de transfert d’expérience, le senior amène ce qu’il connaît, son savoir-faire, sa qualification et il le donne, il n’y a pas plus beau don que celui-là, il lui accorde ce qu’il sait faire. Le jeune vient apporter sa vitalité, son enthousiasme, son engagement. Belle alliance des générations, belle réconciliation des âges. Et puis, cet employeur, il fait aussi un travail qui mérite d’être récompensé, parce que former un jeune, c’est vrai que c’est coûteux. Donc, je considère qu’il est tout à fait légitime d’exonérer de cotisations sociales les deux emplois, voilà l’idée du contrat de génération.
LAURENCE FERRARI
Comment vous évitez l’effet d’aubaine parce qu’on peut se dire qu’il y a des employeurs qui embaucheront un jeune parce que de toute façon, ils veulent embaucher ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Il y a toujours des effets d’aubaine. Si l’on pense qu’il n’y a jamais de risque d’abus, on ne fait plus rien mais regardez, aujourd’hui, nous, nous parce que c’est l’Etat, nous versons 23 milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales aux entreprises pour les 35 heures, les emplois non qualifiés, 25 milliards d’euros, sans aucune contrepartie. Donc moi, ce que je dis, c’est que maintenant, les employeurs auraient cette incitation très forte de prendre des contrats de génération et c’est ce que beaucoup d’ailleurs font aujourd’hui. Moi, j’ai été visiter plusieurs entreprises. A chaque fois viennent me voir deux catégories d’individus dans une entreprise, deux catégories de travailleurs. Il y a le plus âgé qui vient me poser la question : alors, Monsieur HOLLANDE, est-ce que je vais pouvoir partir à la retraite dans de bonnes conditions parce que je n’en peux plus et puis, il y a le jeune qui est en intérim ou en CDD qui vient me voir et qui dit – souvent accompagné du plus ancien – est-ce que je vais pouvoir être recruté avec un contrat à durée indéterminée ? Eh bien face à ces deux demandes, j’ai proposé le contrat de génération.
LAURENCE FERRARI
On va reparler de l’emploi des jeunes dans un instant avec Sonia mais avant cela, la première question d’internaute, Monsieur HOLLANDE …
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui.
LAURENCE FERRARI
Je me rapproche de vous.
FRANÇOIS HOLLANDE
Rapprochez-vous !
LAURENCE FERRARI
Voilà, la première question, elle vient de tomber : « diminuerez-vous le nombre de députés et de sénateurs ? Allez-vous interdire le cumul des mandats ? » Ca, c’est une question politique, tiens !
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, je l’ai dit, je m’aperçois que d’autres arrivent à la même conclusion, oui, il y aura donc une limitation stricte du cumul des mandats. Je vais être encore plus clair, le parlementaire, qu’il soit député ou qu’il soit sénateur, ne pourra plus cumuler ce mandat-là avec une fonction d’exécutif local, maire, président de conseil général …
LAURENCE FERRARI
Que vous faites pourtant !
FRANÇOIS HOLLANDE
Absolument. Donc …
LAURENCE FERRARI
Pour l’instant, vous n’êtes pas exemplaire alors !
FRANÇOIS HOLLANDE
Bah pour l’instant, il n’y a pas de loi. La loi dit « deux mandats », donc vous me demandez ce que je fais si je deviens président de la République, je soumettrai au Parlement le plus vite possible cette limitation du cumul des mandats. Il n’y aura plus de possibilité pour un parlementaire d’être maire, président de conseil général ou président de conseil régional.
LAURENCE FERRARI
Deuxième question Internet : « si vous êtes élu, allez-vous limiter votre salaire mais aussi le train de vie de l’Etat ? », très important.
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, j’ai même donné un chiffre là-dessus non pas pour verser dans je ne sais quelle facilité mais j’ai considéré que dans ce moment difficile pour les Français, celui ou celle qui deviendrait le prochain président de la République devrait montrer l’exemple. Donc j’ai dit « 30% de baisse du revenu du président de la République » …
LAURENCE FERRARI
Et le train de vie de l’Etat ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Il faut dire que l’actuel s’est augmenté de 170%. Alors, vous allez me dire : il reste encore une marge mais je considère que le premier acte devrait être celui-là. Alors pour le train de vie de l’Etat …
LAURENCE FERRARI
Le train de vie de l’Etat.
FRANÇOIS HOLLANDE
…ça appelle à d’autres solutions parce que soyons sérieux, ce n’est pas parce que l’on va diminuer le salaire du président de la République et des ministres parce que les ministres auraient également, si je puis dire, le même traitement, ce n’est pas pour cela que l’on va trouver les gisements d’économies qui nous manquent aujourd’hui pour rétablir nos comptes. Donc oui, il va falloir réduire les frais de gestion, voiture, entretien, tout ce qui finalement pour les Français est insupportable. Ce n’est pas des grosses sommes. Mais c’est inacceptable pour les Français qui sont obligés de faire des sacrifices, de considérer que l’Etat ou ceux qui sont élus n’ont pas des comportements qui soient de stricte limitation des dépenses.
LAURENCE FERRARI
Troisième question sur notre site tf1.news.fr, « quelles sont vos propositions en matière de justice pour mieux garantir son indépendance ? »
FRANÇOIS HOLLANDE
D’abord pour les Français, ce qui compte, c’est la justice, c’est la justice du quotidien. Elle est trop longue, elle est trop couteuse et lorsqu’il y a des questions de divorce, de surendettement, ce n’est pas facile d’accéder à la justice. Donc mon premier devoir, c’est de permettre à ceux qui ont nécessité à faire défendre leurs droits de pouvoir le faire et de pouvoir accéder plus facilement à la justice mais il y a un problème alors de la justice pénale, c’est l’indépendance. C’est un principe essentiel et qui ne peut pas entraîner la moindre suspicion. Donc c’est pourquoi j’ai fait la proposition que les juges du parquet, c’est-à-dire ceux qu’on appelle les procureurs, devraient être nommés comme les magistrats du siège, les juges qui rendent la décision, c’est-à-dire en toute indépendance par le Conseil supérieur de la Magistrature qui lui-même sera réformé pour être considéré comme totalement indépendant du pouvoir. Moi, je n’ai pas besoin d’avoir je ne sais quel juge pour protéger je ne sais quel proche ou ami. Les juges doivent faire leur travail …
LAURENCE FERRARI
C’est une allusion à Nicolas SARKOZY ?
FRANÇOIS HOLLANDE
…librement.
LAURENCE FERRARI
Une allusion à Nicolas SARKOZY ?
FRANÇOIS HOLLANDE
A qui vous penserez pouvoir et avoir été effectivement dans une forme de confusion. Moi, je n’ai pas besoin de nommer des procureurs pour qu’ils instruisent, pour qu’ils requièrent ou qu’ils ne requièrent pas sur des affaires.
LAURENCE FERRARI
Voilà, trois questions d’internautes, continuez à nous les poser sur notre site mais on va repartir vers les Français qui sont là, beaucoup de thèmes très concernant pour notre vie quotidienne. ANNE BILLIEN, enseignante à Paris, bonsoir Anne, va vous poser une question. Je rappelle que vous avez promis 60 000 postes de fonctionnaires supplémentaires pour l’Education nationale.
FRANÇOIS HOLLANDE
En cinq ans.
LAURENCE FERRARI
Anne est enseignante.
ANNE BILLIEN, 35 ANS, PROFESSEUR DE LETTRES CLASSIQUES, PARIS
Mais ma question porte plutôt sur la formation des jeunes professeurs.
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui.
ANNE BILLIEN
Vous avez parlé de rouvrir les IUFM sous la forme d’école de professorat et de l’enseignement.
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui.
ANNE BILLIEN
Quelles seraient les modalités de formation et d’accompagnement des jeunes professeurs dans le cadre de ces écoles ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Pourquoi d’abord rétablir cette formation ?
ANNE BILLIEN
C’est indispensable !
FRANÇOIS HOLLANDE
Parce qu’elle a été supprimée.
ANNE BILLIEN
Oui !
FRANÇOIS HOLLANDE
Et c’est une faute très grave qui a été commise puisque les jeunes enseignants immédiatement recrutés sont envoyés sans aucune préparation ans les établissements souvent les plus difficiles. J’ai rencontré des jeunes enseignants qui m’ont dit, pas leur découragement, parce qu’ils ont une grande motivation mais leur étonnement, parfois leur surprise, parfois leur désolation devant cette situation de faire classe alors qu’ils ne sont pas préparés à affronter des situations dans les établissements les plus difficiles. Donc ma première décision en matière d’éducation sera de rétablir la formation initiale des enseignants. Alors sous quelle forme ? Avant, il existait, il existe toujours d’ailleurs les IUFM et qui faisaient à la fois preuve d’enseignement de pédagogie, parfois critiquée, et de connaissances par des stages de la réalité de ce qu’est une classe. Donc j’ai tenu compte de ces critiques et j’ai proposé donc un nouvel enseignement pour ces jeunes enseignants qui seraient donc à l’université dans un institut qui les préparerait à leur métier pendant un an avec bien sûr des stages toujours des stages devant la classe parce que ça, c’est indispensable. Donc formation initiale rétablie. Et deuxièmement, les jeunes enseignants ne seraient plus affectés comme ils le sont aujourd’hui dans les établissements les plus difficiles, ce serait des enseignants expérimentés qui le seraient, c’est vrai, avec une incitation financière qui est légitime compte tenu de la difficulté que peut représenter l’acte d’enseigner …
LAURENCE FERRARI
Anne ?
FRANÇOIS HOLLANDE
…dans ces établissements.
LAURENCE FERRARI
Vous avez d’autres questions à poser ?
ANNE BILLIEN
Non. La deuxième question, vous venez d’y répondre, c’était sur l’affectation des jeunes professeurs dans les établissements difficiles.
FRANÇOIS HOLLANDE
Et ce que j’ai dit correspond ?
ANNE BILLIEN
Tout à fait, merci.
LAURENCE FERRARI
Alors, Béatrice, maintenant, LARTISANT, bonsoir Béatrice.
BEATRICE LARTISANT, 64 ANS, SURVEILLANTE EN MAISON DE RETRAITE, BERGERAC
Bonsoir Monsieur HOLLANDE.
LAURENCE FERRARI
Vous avez 64 ans, vous venez de Bergerac.
BEATRICE LARTISANT
Oui.
LAURENCE FERRARI
C’est ça. Surveillante dans une maison de retraite, bien sûr, vous allez nous parler des problèmes de dépendance ?
BEATRICE LARTISANT
Oui, compte tenu de l’allongement de la durée de la vie et des problèmes financiers existants, pensez-vous reprendre le dossier pour le cinquième risque et offrir à tout le monde une couverture ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Cette réforme, elle a été annoncée tant de fois …
BEATRICE LARTISANT
Oui mais elle n’aboutit pas !
FRANÇOIS HOLLANDE
…la dépendance, le cinquième risque, pourquoi ? Parce que vous en témoignez, le travail que ce soit en établissement ou à domicile, est un travail essentiel pour soulager la personne et soulager la famille. Il faut du personnel qualifié.
BEATRICE LARTISANT
Exact.
FRANÇOIS HOLLANDE
Formé parce que c’est un travail très difficile et qui exige une amélioration de la formation tout au long de l’exercice professionnel. Alors, ça a un coût. Aujourd’hui, c’est ce que l’on appelle l’allocation personnalisée à l’autonomie qui vient en secours des familles …
BEATRICE LARTISANT
Oui.
FRANÇOIS HOLLANDE
…que ce soit pour le maintien à domicile ou pour l’établissement mais ça ne suffit plus.
BEATRICE LARTISANT
Non …
FRANÇOIS HOLLANDE
Enfin, vous avez …
BEATRICE LARTISANT
Non
FRANÇOIS HOLLANDE
…travaillé …
BEATRICE LARTISANT
Je suis confrontée de plus en plus …
FRANÇOIS HOLLANDE
Vous voyez ce qu’il reste aux familles, c’est terrible !
BEATRICE LARTISANT
Non, non mais même à la difficulté de faire rentrer les personnes parce que …
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui !
BEATRICE LARTISANT
…elles ont des retraites tout à fait modestes et même si les prix de journée sont acceptables dans les maisons associatives à but non lucratif, il est très difficile pour les familles de prendre en charge d’autant que l’allongement de la vie fait que les personnes âgées maintenant rentrent en structure très tard. Elles ont quelquefois entre 90 et 95 ans et leurs enfants sont déjà à la retraite…
FRANÇOIS HOLLANDE
Bien sûr !
BEATRICE LARTISANT
….eux-mêmes avec des petites retraites, ils ne peuvent pas aider leurs parents.
FRANÇOIS HOLLANDE
Bien sûr ! Le prix de journée dans une maison de retraite, c’est 50/55 euros.
BEATRICE LARTISANT
Chez nous, c’est un peu moins cher.
FRANÇOIS HOLLANDE
Chez vous, c’est un peu moins parce que …
BEATRICE LARTISANT
Parce qu’on est une association …
FRANÇOIS HOLLANDE
…une association …
BEATRICE LARTISANT
…à but non lucratif.
FRANÇOIS HOLLANDE
Mais aujourd’hui les établissements qui s’ouvrent sont sur ces niveaux tarifaires.
BEATRICE LARTISANT
Bien sûr mais c’est invraisemblable !
FRANÇOIS HOLLANDE
Vous vous rendez compte de ce que ça peut représenter pour la famille et comme Madame dit, ça pèse non seulement sur la personne qui est accueillie et qui a parfois une très petite retraite …
BEATRICE LARTISANT
850 euros, c’est une retraite moyenne …
FRANÇOIS HOLLANDE
…et qui est obligée de vendre tout son patrimoine en définitive.
BEATRICE LARTISANT
Oui.
FRANÇOIS HOLLANDE
Et deuxièmement, ça pèse aussi sur les enfants qui sont déjà des personnes âgées et qui ont également des petits revenus. Donc malgré l’allocation personnalisée à l’autonomie, nous devons aller vers ce que l’on appelle la réforme de la dépendance qui avait été promise et qui n’a pas été tenue mais il faut dire la vérité aux Français, si nous voulons parce que nous allons vivre plus longtemps, ce qui est quand même un bien de pouvoir vivre plus longtemps, nous allons être amenés à avoir des dépenses qui vont être plus élevées pour assurer cette solidarité. Donc la réforme de la dépendance, il y a deux systèmes possibles ; soit chacun s’assurera avec ses propres revenus et à ce moment-là, c’est l’inégalité mais c’est un risque. Ceux qui ne pourront pas seront mis où ? Dans leur famille quand elles en ont ? A l’aide sociale ? C’est quand même une difficulté. Donc l’autre système, c’est un système de solidarité, ce que vous appelez d’ailleurs, Madame, le cinquième risque financé par une cotisation spécifique. Et donc nous aurons à poser cette question et moi, ma réponse, c’est que pour assurer ce cinquième risque, nous aurons à appeler à la solidarité nationale, c’est-à-dire à une cotisation.
LAURENCE FERRARI
Un impôt supplémentaire ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Là, il s’agira d’un pas …enfin, c’est une contribution, oui, mais que toutes les personnes auront à payer.
LAURENCE FERRARI
A quelle hauteur concrètement ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Oh, c’est …si on commence très tôt, c’est un coût très faible mais faut-il commencer très tôt. Donc c’est maintenant qu’il faut l’engager. En attendant, nous aurons à assurer dans les maisons de retraite, dans les établissements l’accompagnement de ces personnes âgées. J’ai une autre proposition, c’est le maintien à domicile, c’est très important …
BEATRICE LARTISANT
Justement, j’allais...
FRANÇOIS HOLLANDE
…qu’on puisse garder les personnes …
BEATRICE LARTISANT
…rebondir.
FRANÇOIS HOLLANDE
Alors, allez-y !
BEATRICE LARTISANT
J’allais rebondir sur le plan Alzheimer.
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui.
BEATRICE LARTISANT
Comment pensez-vous renforcer le plan Alzheimer ? Je suis moi-même gestionnaire de cas, je circule sur le département, nous avons 159 communes, nous avons énormément de personnes déficientes cognitives …
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, oui !
BEATRICE LARTISANT
…atteintes de maladies d’Alzheimer ou apparentées. Comment pensez-vous renforcer ces plans étant donné que les besoins émergent ? Nous sommes en ce moment en expérimentation mais les besoins d’accueil de jour, de plates-formes de répit et de consultation mémoire sont nécessaires et nous ne pouvons pas …
FRANÇOIS HOLLANDE
Alors, d’abord, il y la prévention …
BEATRICE LARTISANT
La prévention …
FRANÇOIS HOLLANDE
…qui se fait heureusement, ce que vous dites …
BEATRICE LARTISANT
Oui, en consultation mémoire.
FRANÇOIS HOLLANDE
…c’est très important et ça suppose qu’il y ait un travail associatif qui soit engagé. Moi, je veux saluer tous les bénévoles qui se dévouent pour les personnes âgées ou les personnes en perte de mémoire …
BEATRICE LARTISANT
Et les accompagnants.
FRANÇOIS HOLLANDE
…et les accompagnants ; c’est vraiment …
BEATRICE LARTISANT
C’est surtout aider les accompagnants.
FRANÇOIS HOLLANDE
C’est vraiment un travail
BEATRICE LARTISANT
Oui voilà le portage de repas …
FRANÇOIS HOLLANDE
Le portage de repas, ce n’est pas la nouvelle technologie, c’est l’humain et tout se conjugue. Il nous faut garder le plus possible nos personnes âgées au domicile. C’est à la fois plus digne pour la personne, elle reste indépendante, en tout cas relativement autonome et en même temps, c’est moins couteux pour la société. Donc nous devons aller vers tous les systèmes qui permettent d’avoir le maintien à domicile. Mais là encore, il faut du personnel formé et qualifié pour accompagner.
BEATRICE LARTISANT
Oui pour …
LAURENCE FERRARI
Un dernier mot, Béatrice.
BEATRICE LARTISANT
Oui pour rebondir sur l’exonération des charges sociales.
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui.
BEATRICE LARTISANT
La maintiendrez-vous ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui.
BEATRICE LARTISANT
Sur les associations parce que ça permet d’avoir des prix de journée abordables ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Madame, vous savez toutes les difficultés financières qu’ont les grandes associations en ce moment.
BEATRICE LARTISANT
Oui.
FRANÇOIS HOLLANDE
Donc si nous ne nous maintenons pas les exonérations, ces grandes associations ne pourront même plus être à l’équilibre.
BEATRICE LARTISANT
Mais il faudra demander aux structures qui bénéficient de cela, de former leur personnel …
FRANÇOIS HOLLANDE
Bien sûr, c’est la contrepartie.
BEATRICE LARTISANT
Voilà !
FRANÇOIS HOLLANDE
C’est la contrepartie !
BEATRICE LARTISANT
D’ouvrir à l’insertion des jeunes et aussi de s’occuper du plan des seniors !
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, ce qu’il faut leur demander, c’est d’assurer une carrière à leurs personnels, c’est-à-dire une évolution dans leur vie professionnelle et deuxièmement, de leur donner aussi un niveau de rémunération qui leur permette d’avoir aussi une récompense pour le travail qui est fait.
LAURENCE FERRARI
Et ce soir, on parle de toutes les générations, les seniors et aussi les juniors en tout cas. Bonsoir SONIA MEBARKI.
SONIA MEBARKI, 21 ANS, ETUDIANTE EN LEA, NANCY
Bonsoir.
LAURENCE FERRARI
21 ans, vous venez de Nancy, vous avez fait votre service civique, je crois …
SONIA MEBARKI
Oui, c’est ça.
LAURENCE FERRARI
Vous avez une question à poser sur les universités françaises à Monsieur HOLLANDE.
SONIA MEBARKI
Oui, alors tout d’abord, bonsoir Monsieur HOLLANDE.
FRANÇOIS HOLLANDE
Bonsoir.
SONIA MEBARKI
Alors, je suis étudiante en licence de langues étrangères appliquées à l’université de Nancy. Alors, c’est une licence qui est proposée par plusieurs universités en France, notamment celles de Paris, Quimper, Dijon, Montpellier pour ne citer seulement quelques villes. C’est une licence qui prépare ses diplômés à devenir interprète, traducteur, commercial ou enseignant. Aujourd’hui, le problème qui se pose, c’est qu’en tant qu’étudiant, on a peu de chance d’accéder à des emplois en France ou à l’étranger, on a peu de chances d’accéder à des emplois pour lesquels ont postulé des étudiants qui sont diplômés d’universités telles que Cambridge par exemple ou Oxford. C’est une réalité existante. Donc ma question aujourd’hui, est : qu’est-ce que vous pourriez proposer, donc si vous accédez à la présidence, pour justement rendre l’université française plus compétitive face aux universités européennes à l’égard des entreprises donc pour nous apporter plus de valeur en tant qu’étudiants et diplômés de l’université française ?
LAURENCE FERRARI
Alors, sur la réforme des universités, je crois que c’est à peu près la seule réforme de Nicolas SARKOZY qui trouve gré à vos yeux ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Bah sur l’autonomie des universités, c’était un bon principe. Il faudra sans doute changer la gouvernance parce qu’il n’y a pas une bonne représentation de la communauté universitaire, sans doute faudra-il éviter qu’il y ait trop d’inégalités entre les universités, donc une péréquation pour que les universités de certaines villes ne soient pas trop défavorisées, ce qui est le cas aujourd’hui parce que quel est l’enjeu ? Vous l’avez cité, c’est comment faire pour que les entreprises et les universités travaillent davantage ensemble pour préparer les métiers de demain. C’est ça, l’enjeu.
SONIA MEBARKI
C’est ça.
FRANÇOIS HOLLANDE
Et de faire en sorte que nous puissions avoir une anticipation par rapport à ce que vont être les besoins de ces grandes entreprises sur un marché forcément mondial. Donc nous avons le souci et j’aurai à le démontrer de rapprocher universités, recherche parce que s’il n’y a pas la recherche, nous ne pouvons pas être les meilleurs, et les grandes entreprises, et en faisant en sorte que ce modèle-là ne valle pas que pour de très grandes universités mais valle aussi pour des universités sur notre territoire. Ce n’est pas un modèle qui devrait être pour quelques universités et finalement être ignoré des autres …
SONIA MEBARKI
Bien sûr !
FRANÇOIS HOLLANDE
…des universités à plusieurs vitesses. Il faut que nous ayons de l’excellence et pour avoir de l’excellence, nous devons par rapport à la compétition qui existe entre universités à l’échelle du monde, nous devons faire cette alliance entre enseignement supérieur, recherche et grandes entreprises.
LAURENCE FERRARI
Une question d’actualité qui vient de tomber sur notre site tf1.news.fr, « si vous êtes élu président, Monsieur HOLLANDE, seriez-vous favorable à une intervention militaire en Syrie ? »
FRANÇOIS HOLLANDE
La question est …(rires dans la salle) forcément sommaire dans son intitulé mais vous avez vu ce qui se passe en Syrie ? Il y a un dictateur qui massacre son peuple. Ce dictateur, ce n’est pas la première fois, son père l’avait déjà fait puisque c’est un dictateur qui a succédé à son père, ce n’est pas la première fois qu’il montre – hélas ! – ses capacités à détruire et à martyriser. Nous devons intervenir dans le cadre du conseil de sécurité des Nations unies. C’est la légitimité internationale, c’est ce qui s’est fait en Libye. Aujourd’hui, c’est la Russie et la Chine qui bloque le Conseil de sécurité. Donc il n’y a pas d’intervention possible. Donc nous devons faire des sanctions sur la Syrie, des pressions sur la Syrie …
LAURENCE FERRARI
Mais vous seriez favorable …
FRANÇOIS HOLLANDE
…et menacer …
LAURENCE FERRARI
…à une action militaire ?
FRANÇOIS HOLLANDE
…Bachar EL-ASSAD d’être traduit devant la Cour pénale internationale. Je souhaite qu’il y ait d’ailleurs, je l’ai dit, de la part de tous les candidats à l’élection présidentielle la même position parce que là nous pouvons nous retrouver tous par rapport à cette exigence, quel que soit le prochain président de la République, il aura à continuer et à amplifier la pression sur le régime syrien. C’est un régime abject. Je regrette d’ailleurs que Bachar EL-ASSAD ait été invité en 2008 au défilé du 14 juillet par Nicolas SARKOZY parce que c’était une fête patriotique où il n’avait pas sa place.
LAURENCE FERRARI
Monsieur HOLLANDE, on va revenir aux questions des Français dans un instant mais je vous propose de vous tourner vers nos amis journalistes qui sont là avec nous et qui ont aussi énormément de questions à vous poser. La première question est posée par FRANÇOIS BACHY. Bonsoir François.
FRANÇOIS BACHY
Bonsoir.
FRANÇOIS HOLLANDE
Bonsoir.
FRANÇOIS BACHY
En réponse à GEORGES TAYAR tout à l’heure, vous avez dit que vous n’étiez pas là pour régler des comptes. Alors, cela dit, la campagne, elle ressemble de plus en plus à un duel : Nicolas SARKOZY est candidat depuis un moins de quinze jours. C’est une question un petit peu sur le tempo de cette campagne, on a l’impression que ce sont ses propositions qui alimentent le débat politique. Est-ce que ce n’est pas pénalisant pour vous ? Est-ce que vous n’avez pas d’une certaine façon sous-estimé le candidat SARKOZY ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Vous dites que le candidat SARKOZY ne l’est que depuis quinze jours ? Vous avez mal suivi l’actualité, vous !
FRANÇOIS BACHY
Officiellement.
FRANÇOIS HOLLANDE
Il l’est depuis cinq ans. Vous dites qu’il n’a fait que des propositions ces derniers jours ? Mais il n’a cessé d’en faire tout au long du quinquennat. Il faut voir ce qu’elles sont devenues, qu’ont été ces engagements et ce qui a été traduit dans les faits. Mais revenons à l’enjeu. Moi, je ne sais pas si c’est un duel ; je respecte les autres candidats. Je ne sais pas combien nous serons au lendemain du 16 mars lorsque les 500 signatures auront été déposées, je ne suis pas dans un affrontement personnel avec Nicolas SARKOZY.
LAURENCE FERRARI
Vous souhaitez que Marine LE PEN ait ses parrainages ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Nous verrons bien, c’est son affaire.
LAURENCE FERRARI
Mais vous le souhaitez, vous le souhaitez ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Mais moi, je n’ai rien à souhaiter ! Je souhaite être le prochain président de la République si vous voulez me poser cette question. Oui parce que je veux qu’il y ait un changement pour mon pays. Alors, vous dites : il a multiplié les propositions mais …
FRANÇOIS BACHY
Et ses propositions font débat !
FRANÇOIS HOLLANDE
Enfin, je ne sais pas si elles font débat, vous me direz lesquelles mais moi …
FRANÇOIS BACHY
Si par exemple, le référendum sur l’emploi …
FRANÇOIS HOLLANDE
…en tout cas, j’ai …Enfin, vous avez vu les questions sur l’emploi ? Vous avez vu quelqu’un, vous, dans un Pôle Emploi dire « je veux un référendum » ? Moi, je n’ai jamais rencontré. Ils disent : je veux un emploi pas un référendum. Sur la question majeure des propositions, il faut une cohérence. Moi, je ne suis pas pour même si je réponds aux uns et aux autres, je ne vais pas faire des annonces de propositions en fonction des interpellations qui me sont faites ; j’ai présenté 60 propositions, c’était à la fin du mois de janvier. C’est sur la base de ces 60 propositions que je m’adresse aux Français. Toutes celles que j’ai présentées devant vous et vous allez continuer à m’interroger, ce sont des propositions que j’avais déjà énoncées : contrat de génération, réforme de la dépendance …
FRANÇOIS BACHY
C’est-à-dire, vous reprochez à Nicolas SARKOZY …
FRANÇOIS HOLLANDE
C’est-à-dire …
FRANÇOIS BACHY
… de ne pas avoir un programme clé en main ?
FRANÇOIS HOLLANDE
…que moi, je pense qu’il faut agir dans la cohérence, pas dans l’effet d’annonce, pas dans la fuite en avant, pas dans « tiens, à propos, j’ai une dernière proposition avant la sortie. » Je n’essaye pas d’impressionner, je fais en sorte que les Français sachent bien où je veux aller parce qu’il s’agit de l’avenir de notre pays, la France. Qu’est-ce que nous voulons faire ensemble ? Qu’est-ce que nous pouvons faire ? Et je ne vais pas faire des promesses que je ne tiendrai pas. Donc j’ai fait en sorte qu’elles soient non seulement données assez à l’avance pour que les Français les connaissent, qu’elles soient chiffrées, j’ai même remarqué que les chiffres que j’avais présentés ont été confirmés, y compris par un institut patronal et tant mieux. Ça veut dire que …
FRANÇOIS BACHY
L’Institut Montaigne.
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, l’Institut Montaigne, ça veut dire que l’évaluation a dû être correcte puisqu’elle a été contradictoire et donc voilà …
LAURENCE FERRARI
Sauf sur les emplois d’avenir.
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui sauf sur quelques centaines de millions pour les emplois d’avenir, je pourrai y revenir, mais en tout cas, tout est sur la table. Moi, personne ne peut regarder ce que j’ai dit ou ce que j’aurai à dire parce que j’ai tout dit. Alors, on me dit ; ah, c’est terrible pour vous, vous avez déjà tout dit. Mais l’élection présidentielle, ce n’est pas un jeu. Ce n’est pas là un système où chaque semaine je vais distiller une proposition pour nourrir le débat, c’est une cohérence une élection présidentielle, c’est qui les Français veulent avoir comme président de la République avec une majorité pour le soutenir, pour changer ce qui n’est pas acceptable dans notre pays et ce qui doit avancer.
LAURENCE FERRARI
Une question de MICHEL FIELD.
MICHEL FIELD
Bonsoir.
FRANÇOIS HOLLANDE
Bonsoir.
MICHEL FIELD
J’ai lu votre livre avec attention et à un moment vous ironisez un petit peu sur François BAYROU. Vous paraphrasez une phrase de Michel AUDIARD en disant « un centriste entre deux chaises ira toujours moins loin qu’un socialiste qui marche » et en écrivant ces lignes, je me suis dit que vous repreniez deux risques : le premier, c’est un risque personnel qu’on vous rappelle la citation exacte de Michel AUDIARD qui était « deux intellectuels assis vont moins loin qu’une brute qui marche », donc là, je me demande si vous ne vous êtes pas tiré un peu une balle dans le pied ; la deuxième, c’est un risque politique. Est-ce que vous faites votre cet aphorisme de François MITTERRAND qui disait « le centre n’est ni de gauche ni de gauche », c’est-à-dire est-ce que pour vous, François BAYROU est résolument à droite ? Est-ce que vous avez renoncé à discuter avec lui si par hasard vous étiez au deuxième tour et lui non ? Et n’aurez-vous pas néanmoins besoin d’une partie de ses voix pour être élu ?
LAURENCE FERRARI
MICHEL FIELD, intellectuel assis, vous pose cette question. (rires)
MICHEL FIELD
Qui va moins loin qu’une brute qui marche !
FRANÇOIS HOLLANDE
Mais qui est un peu brutal quand même ! Franchement, je suis socialiste, je présente un projet. Je fais en sorte de convaincre le plus possible les Français de voter pour moi dès le premier tour parce qu’une élection présidentielle se joue au premier tour ; on est bien placé pour le savoir quand on se souvient de ce qui s’est produit un 21 avril 2002.
LAURENCE FERRARI
C’est votre hantise ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Ca reste toujours présent dans ma mémoire. Et moi, je ne considère pas que ma qualification au second tour soit acquise d’avance. Et donc François BAYROU peut parfaitement penser qu’il peut être au second tour, vous évoquiez l’extrême droite, elle peut être au second tour, ça s’est déjà produit. Donc je fais cette campagne de premier tour. Ensuite, il y aura si je suis qualifié le second tour. François BAYROU aura présenté ses propositions, j’ai donné les miennes. Il y aura à se prononcer, je ne vais pas faire de geste particulier. Ca ne se négocie pas. Il n’y a pas de tractations entre les deux tours d’une élection présidentielle. Ce sera sur la base de mon projet que ceux qui voudront me rejoindre le feront. Je n’aurai rien de ce point de vue à troquer ni à composer un gouvernement sur la base de ce qui sera fait ou dit au soir du premier tour.
MICHEL FIELD
Pas de proposition, de rendez-vous nocturne …
FRANÇOIS HOLLANDE
Non.
MICHEL FIELD
…entre les deux tours, non ?
FRANÇOIS HOLLANDE
J’ai trop de respect pour les candidats pour rentrer dans ce processus et j’ai trop de respect pour les Français. Ce que je présente aujourd’hui sera ce que je présenterai pour le second tour de l’élection présidentielle. Par ailleurs, j’ai du respect pour François BAYROU, il n’est pas sur ma ligne politique, il a un forme d’obstination à être centriste. C’est vrai que ce n’est pas facile.
LAURENCE FERRARI
Autre question, autre candidat, FRANÇOISE FRESSOZ ?
FRANÇOISE FRESSOZ
Oui, vous dites très fort ce soir « je suis socialiste » et quand vous êtes en Corrèze come c’est arrivé la dernière fois il y a dix jours, vous rendez un hommage appuyé à Henri QUEUILLE ; Henri QUEUILLE, c’est le pape du radicalisme, c’est l’homme du compromis et souvent, je m’interroge, je me dis, est-ce que vous essayez de rassembler un maximum de Français mais à ce moment là, est-ce que vous n’allez pas perdre sur votre gauche ? Qu’est-ce que vous répondez à Claude ALLEGRE qui dit « bah, FRANÇOIS HOLLANDE, ca sera un CHIRAC 2 », qu’est-ce que vous répondez à ces critiques là ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Oui, bah Claude ALLEGRE me fait de la promotion, c’est très bien !
FRANÇOISE FRESSOZ
Vous voulez ressembler à CHIRAC ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Non, mais je veux dire par là que je n’ai pas à considérer que ce serait une insulte particulière que d’être ainsi pour un Corrézien identifié.
FRANÇOISE FRESSOZ
Et pour un Français ?
FRANÇOIS HOLLANDE
Mais ce que je veux, c’est être d’abord moi-même, je n’ai pas à être dans un rôle. J’ai à dire ce que je pense et à emmener les Français vers un changement qui soit possible, qui soit crédible et qui même donne espoir. C’est pour ça que j’insiste autant sur la jeunesse parce que je considère que c’est la grande cause, c’est ce que nous avons à faire, c’est le sens du quinquennat prochain. Qu’est-ce que la génération qui vient peut espérer de nous ? J’ai dit d’ailleurs, que je demanderai à être jugé sur cette seule question. Qu’est-ce que au bout de 5 ans, aura été fait pour améliorer le sort de la génération qui vient ? Et qui d’ailleurs, permettra d’améliorer la vie, de tous les Français. Alors pour le reste, moi, je fais en sorte, de rassembler dès le premier tour, y compris des hommes et des femmes qui ne sont pas socialistes et j’en connais ! Qui me disent : mais je n’ai pas voté socialiste jusqu’à présent, je vais le faire !
Françoise FESSOZ
Est-ce que vous ne risquez pas de perdre sur votre gauche, MELENCHON, ce n’est pas un boulevard pour lui ?
François HOLLANDE
Mais je ne perdrais rien du tout ! Pourquoi ? Mais je n’essaie pas de plaire aux uns ou de plaire aux autres, pour être dans une espèce d’indifférenciation. Je présente un projet, je suis déterminé à montrer que le changement est possible. Ceux qui veulent voter pour ma candidature, permettront le changement. Et donc je leur dis : faites-le dès le premier tour. Alors vous me parlez d’Henri QUEUILLE. Henri QUEUILLE était une personnalité de la 3ème et de la 4ème République, corrézienne par ailleurs, qui a été parfois mal jugé. Parce qu’on disait…
Françoise FESSOZ
Politique courageux.
François HOLLANDE
Qu’il avait du mal à décider. Pardonnez-moi ! Il n’avait pas voté les pleins pouvoirs à PETAIN, il était parti rejoindre le Général de GAULLE, pour résister, il est devenu son numéro deux…
Françoise FESSOZ
Mais c’était quand même l’homme du compromis ?
François HOLLANDE
Et il a crée le CREDIT AGRICOLE et la SNCF. Chapeau ! Il avait même un chapeau, vous voyez ! Et une canne. Mais en même temps, il était radical socialiste, ce n’est pas mon parti ! Mais je pense que la République, elle est faite d’hommes et de femmes, qui ont servi. Et il y a un moment, il faut essayer de rassembler avec le sens de l’histoire. Il y a eu des épreuves dans notre pays, il y a eu des crises, il y a eu des difficultés. On en affronte une, quand même une crise majeure, avec un chômage élevé, c’est difficile pour beaucoup de Français qui se posent la question : est-ce qu’on va y arriver ? Est-ce que ce n’est pas trop tard ? Est-ce que ce n’est pas trop dur ? Est-ce que finalement, on est encore une grande nation ? Eh bien oui ! On est encore une grande nation. Et on est capable avec notre histoire, avec nos talents, avec nos atouts, nos inventeurs, nos chefs d’entreprises, nos salariés, on est capable d’avancer à condition qu’on se mobilise ! A condition que l’on se redresse ! Et pas qu’on s’oppose les uns, les autres ! Donc moi, je suis dans une démarche de rassemblement, des socialistes, c’est fait ! Les primaires ont donné un bon résultat. De la gauche, parce que c’est le mouvement que je représente. Et puis ensuite, du plus grand nombre de Français. Et je souhaite gagner avec une très large majorité.
Françoise FESSOZ
Et en même temps, dans votre livre, vous excluez de gouverner avec Jean-Luc MELENCHON, c’est ce que vous dites clairement ?
François HOLLANDE
Je n’ai pas dit ça ! J’ai dit : ça sera à chacun de se déterminer. Je l’ai dit aussi à Michel FIELD, enfin qui le disait pour François BAYROU. Je ne fais pas de proposition à Michel FIELD, que les choses soient claires. Mais j’ai dit quoi ? J’ai dit, ceux qui voudront gouverner, sont ceux qui accepteront le projet que je présente devant les Français. Quand les Français voteront pour ce projet-là, c’est ce projet-là qui sera traduit en actes de gouvernement et en lois.
Laurence FERRARI
Une autre question d’Etienne GERNELLE du POINT.
Etienne GERNELLE
Alors François HOLLANDE, votre programme, repose comme ceux de tous les candidats, sur des prévisions de croissance, pour les recettes et donc pour les dépenses. Or on constate, que vous, vos prévisions sont supérieures, par exemple à celles du FMI, de l’OCDE, de la Commission européenne, et assez nettement. Alors d’où deux questions : d’abord est-ce que vous disposez d’une calculette magique, ou d’un expert surdoué qui vous donne ces prévisions supérieures aux autres ? Et dans le cas où vos espoirs ne seraient pas exaucés, en matière de croissance, dans quoi, est-ce que vous coupez, si la croissance n’est pas au rendez-vous ? Est-ce que c’est les embauches dans l’Education nationale ? Est-ce que c’est les emplois d’avenir ? Est-ce que c’est le contrat de génération ? Qu’est-ce qui se passe si la croissance n’est pas là ?
François HOLLANDE
Alors vous parlez des prévisions de croissance. J’ai pris les mêmes que celles du gouvernement qu’il a lui-même présenté à Bruxelles, devant les autorités…
Etienne GERNELLE
C’est le gouvernement… mais l’OCDE, enfin tous les organismes internationaux, sont en-dessous ?
François HOLLANDE
Non, mais, permettez, je ne suis pas candidat contre l’OCDE et contre le Fonds Monétaire International. Donc le gouvernement actuel, a fait des prévisions de croissance. Je n’ai pas essayé d’en faire de supérieures, j’ai pris exactement, celles qu’il avait affichées pour rétablir l’équilibre des comptes publics devant les autorités européennes. J’ai même dit, que la croissance en 2012, cette année, serait particulièrement faible. Vous citez le FMI et l’OCDE, sans doute 0,3-0,4.
Etienne GERNELLE
Vous, vous avez dit 0,5 ?
François HOLLANDE
Et moi, j’ai dit 0,5, donc…
Etienne GERNELLE
Le FMI 0,2 et 2013…
François HOLLANDE
Je pense que l’année 2012, l’année 2012 sera une année très plate sur le plan de la croissance et la meilleure preuve, c’est que j’ai dit aux Français, c’était dans le discours du Bourget, j’ai dit les deux premières années, nous allons faire toutes les réformes de structures. Réforme fiscale, réforme de la décentralisation, réforme de la justice, réforme des entreprises, parce que nous avons besoin de donner un nouveau…
Etienne GERNELLE
Vous êtes toujours au-dessus, vous êtes toujours au-dessus des autres, des organismes internationaux ?
François HOLLANDE
Mais là, je vous parle des réformes qu’on va faire tout de suite, qui par définition, ne sont pas des réformes qui rapporteront aux Français, une distribution de pouvoir d’achat. Ce que je vais simplement faire, c’est déjà beaucoup, augmenter de 25 % l’allocation de rentrée scolaire dès la prochaine rentrée et faire que nous puissions avoir une rentrée scolaire qui se fasse correctement. Ça sera ma priorité pour 2012, mais pendant cette année 2012 et l’année 2013, je fais des réformes de structures. Ensuite, je constaterai, si nous avons été capables de redresser la croissance, parce qu’il nous faudra mettre d’avantage de soutien à l’industrie…
Etienne GERNELLE
Et si ce n’est pas le cas ? Qu’est-ce qui se passe ?
François HOLLANDE
La Banque Publique d’Investissement. Les PME, seront soutenues. Si ce n’est pas le cas, j’ajusterai. Je ne suis pas un magicien.
Etienne GERNELLE
Et vous ajusterez comment ? Dans quoi vous coupez ?
François HOLLANDE
Vous me demandez déjà, vous êtes un curieux esprit, vous me dites : vous n’allez pas redresser la croissance en 2013/2014, donc dites-moi déjà ce que vous allez couper ? Eh bien non ! Je vais m’efforcer de redresser la croissance…
Etienne GERNELLE
Il n’y a pas un peu de méthode Coué quand même là-dedans ?
François HOLLANDE
Ecoutez, si on ne pensait pas, qu’on pouvait redresser la croissance, ce n’est pas même pas possible d’atteindre nos objectifs de réductions des déficits. Même pas possible. Parce que si nous n’avons pas un peu plus de croissance, il ne sera pas possible de maîtriser la dette. Et c’est pourquoi…
Etienne GERNELLE
D’accord, donc il faut que tout se passe bien, pour que ça marche en fait ?
François HOLLANDE
Il vaut mieux que ça se passe bien, oui. Quand on dit que ça va mal se passer, c’est plus difficile d’atteindre ces résultats. Alors pourquoi…
Etienne GERNELLE
D’accord ! C’est la définition de la méthode Coué non !?
François HOLLANDE
Pourquoi ai-je aussi demandé, une révision du traité qui est aujourd’hui en cours de discussion au niveau européen. Parce que ce traité ne porte que sur des disciplines, nécessaire par ailleurs ! Sur le plan budgétaire. De retour à l’équilibre. Mais il ne donne pas de dimension de croissance. Or s’il n’y a pas un soutien de la croissance, venant de l’Europe, s’il n’y a pas de nouveaux projets industriels, s’il n’y a pas des fonds qui sont mis à disposition des entreprises, si nous ne sommes pas capables, notamment sur les filières nouvelles, sur le plan technologique, ou les filières automobiles ou d’économie d’énergie. Si nous ne sommes pas capables de dégager des moyens supplémentaires, mais enfin l’Europe va décliner ! On prévoit des taux de croissance très faibles pour l’Europe, pour 2012/2013. C’est pourquoi, je ferais en sorte de convaincre nos partenaires de mettre cette dimension de croissance dans les traités européens.
Etienne GERNELLE
Et donc ça veut dire que si les prévisions sont conformes à celles du FMI ou de la Banque Mondiale ou de l’OCDE, ça veut dire que toutes les dépenses de votre programme ne pourront pas avoir lieu ?
François HOLLANDE
Certaines dépenses devront être reportées, c’est normal ! Et d’autres seront tenues.
Etienne GERNELLE
Et vous ne voulez pas juste nous dire, une dépense qui serait rejetée en premier ?
François HOLLANDE
Mais pour l’instant, je ne me mets pas dans un cas de figure où je n’obtiendrai pas les taux de croissance que je pense possible…
Laurence FERRARI
On va avancer un peu.
François HOLLANDE
Puisque ce sont les taux de croissance que et de droite et de gauche, nous considérons comme pouvant être présentés aux autorités du Conseil.
Laurence FERRARI
François HOLLANDE pour financer vos mesures, est-ce que vous envisagez de taxer certains produits financiers ? Je pense à l’assurance-vie notamment ?
François HOLLANDE
Moi, j’ai dit, une règle simple, les revenus du capital doivent être imposés comme les revenus du travail. C'est-à-dire que ce soit le même barème, quels que soient les revenus. Chaque fois que c’est un revenu du travail ou un revenu du capital, c’est le même taux qui est appliqué selon le revenu.
Laurence FERRARI
C'est-à-dire combien ?
François HOLLANDE
C'est-à-dire le même barème. Il y a un barème de l’impôt sur le revenu, eh bien, ce barème de l’impôt sur le revenu, il vaut pour le revenu du travail, comme pour le revenu du capital. Aujourd’hui, les revenus du capital, ont ce qu’on appelle un prélèvement libératoire. C'est-à-dire que pour les hauts revenus, ils peuvent se soustraire à la progressivité de l’impôt en utilisant ce mécanisme. Ce n’est pas juste ! Pourquoi les plus hauts revenus, finalement, seraient moins fiscalisés parce qu’ils ont des capitaux, que les revenus du travail ? A même niveau ? Celui qui gagne par son travail une somme, il est plus fiscalisé que celui qui gagne le même revenu, par des placements en capital. Comment vous l’expliquez ? Eh bien, comme c’est inexplicable, nous ferons l’équivalence entre le revenu du travail et le revenu du capital.
Laurence FERRARI
Vous allez relever le taux d’imposition des hauts revenus justement ?
François HOLLANDE
Oui, sur les hauts revenus, j’ai déjà dit, 150 000 euros de revenus, ce sera un taux de 45 % et j’ai appris, c’est vrai, les progressions considérables des rémunérations des patrons du CAC40. 2 millions d’euros en moyenne, par mois, comment l’accepter. 2 millions d’euros !
Laurence FERRARI
Quel taux d’imposition alors…
François HOLLANDE
Et donc j’ai considéré et j’en fais ici, l’annonce que pour au-dessus de 1 million d’euros par mois, eh bien, le taux d’imposition devra être de 75 %. Parce que ce n’est pas possible d’avoir, ces niveaux de revenus.
Laurence FERRARI
Alors une question de François-Xavier PIETRI.
François-Xavier PIETRI
Alors je voudrais vous poser une ou deux questions sur le thème du pouvoir d’achat. Mais avant, si vous me permettez, exercer un petit droit de suite, après la question des devoirs sur le prix de l’essence. Vous évoquiez la TIPP, le blocage pendant 3 mois, et la TIPP qu’on pourrait rendre à nouveau flottante. En 2005, le sans plomb coûtait 1,17 euro, on avait une TIPP qui représentait à peu près 59 centimes, c'est-à-dire 50 %. Aujourd’hui, la TIPP c’est 40 %. Donc ça a très peu d’impact sur l’évolution des prix de l’essence. En revanche, vous évoquiez tout à l’heure Lionel JOSPIN qui avait pris cette mesure, pendant 20 mois, ça a coûté à l’Etat 2,7 milliards d’euros, le fait d’abaisser cette TIPP. Est-ce que finalement, ce n’est pas simplement prendre d’un côté ce qu’on va redonner de l’autre ? Est-ce qu’il ne vaut pas mieux, dire aux Français, la vérité ? Je veux dire, aujourd’hui, la hausse des prix de l’essence, c’est pour l’essentiel, pour un tiers, les prix du pétrole. Est-ce qu’il ne faut pas dire la vérité là-dessus aux Français ?
François HOLLANDE
D’abord juste une rectification, c’est 1 million d’euros par an, par rapport ce que, imposition de 75 %.
Laurence FERRARI
Aux rémunérations des grands patrons.
François HOLLANDE
Et donc à peu près, 100 000 euros par mois et 1 million d’euros par an. Je reviens à la TIPP, et à ce que j’appelais ce mécanisme de TIPP flottante. Il est très important que les Français sachent que lorsque le prix du pétrole, augmente, il y a forcément une répercussion. Je crois qu’ils le savent, parce que ça a considérablement progressé ces derniers mois.
François-Xavier PIETRI
Non, beaucoup croient que c’est la fiscalité qui a progressé…
François HOLLANDE
Il n’en reste pas moins, vous avez rappelé les chiffres, sur 100 que paient les Français, 60 c’est la fiscalité. 40 le prix du pétrole. Et sur ces 60, il y a une part de TIPP, ça c’est un droit fixe, et puis il y a la TVA. J’ai dit tout à l’heure, que je n’acceptais pas que l’Etat gagne sur la TVA, des recettes supplémentaires, chaque fois que le prix des carburants augmentait. Et je continue de le dire. Il n’est pas légitime, il n’est pas acceptable que l’Etat gagne des recettes supplémentaires sur une TVA qui finalement suit la hausse des prix.
François-Xavier PIETRI
C’est minime la TVA sur le prix, c’est minime ?
François HOLLANDE
Ca fait 20 % du prix.
François-Xavier PIETRI
Oui, voilà ! C’est minime. Ce n’est pas 50 %, ce n’est pas la TIPP ?
François HOLLANDE
Non, mais ce n’est pas négligeable. Surtout que la TVA, si Nicolas SARKOZY avait gain de cause, ce que je ne souhaite pas, augmenterait encore et donc aggraverait encore le prix des carburants. Et je ne veux pas l’accepter. Donc d’abord, je supprimerai cette augmentation de la TVA, parce que je considère que c’était une mauvaise décision. Et donc les Français n’auront pas à payer au mois d’octobre, la TVA supplémentaire que Nicolas SARKOZY a fait voter au Parlement, et deuxièmement, je ferais en sorte que l’Etat ne gagne rien, ne gagne rien chaque fois, que le prix du pétrole augmente.
François-Xavier PIETRI
Mais il risque de perdre beaucoup.
François HOLLANDE
Mais pourquoi perdrait-il ?
François-Xavier PIETRI
Si vous rendez la TIPP à nouveau flottante, ça va coûter de l’argent à l’Etat ?
François HOLLANDE
Non, ça ne coûtera pas d’argent, ça ne coûtera pas d’argent, sauf si effectivement, les Français renonçaient à utiliser leur voiture et consommaient moins. Mais autrement, si les Français consomment autant, ça ne coûtera rien à l’Etat.
François-Xavier PIETRI
Alors toujours très rapidement…
François HOLLANDE
Puisque toutes les recettes supplémentaires seront reversées aux consommateurs.
François-Xavier PIETRI
Toujours très rapidement, en droit de suite, d’une certaine façon. Pour ce qui concerne le pouvoir d’achat, point évidemment très important, c’est une des préoccupations principales des Français. Et quand on regarde ce que vous évoquez dans votre programme, dans vos propositions, je crois que le mot « pouvoir d’achat » n’est évoqué qu’une seule fois d’ailleurs. On n’a pas le sentiment que c’est dans le cœur de vos propositions, dans les 20 milliards d’euros de mesures nouvelles que vous proposez, il y a finalement, pas grand-chose sur le pouvoir d’achat. Qu’est-ce que vous dites aux Français là-dessus ?
François HOLLANDE
Alors premièrement, je vous ai parlé des carburants. Vous êtes contradictoire. D’un autre côté, il faut quand même que les Français, soient allégés autant qu’il est possible, de cette charge supplémentaire qui pèse sur eux. Deuxièmement, j’ai dit allocation de rentrée scolaire, dès la prochaine rentrée. Troisièmement, je suis pour un forfait de base, pour les consommations d’électricité, d’eau, de gaz, c'est-à-dire que pour les consommations minimales nous devons avoir une stabilité, voire même une baisse du prix. En revanche, chaque fois qu’il y a des consommations plus importantes, le tarif devient progressif. Enfin, je suis aussi favorable à ce que dans le cadre de la réforme fiscale, il y ait un allègement des contributions, des catégories modestes et même moyennes. C'est-à-dire que la réforme que je propose de l’impôt sur le revenu et de la CSG devrait alléger la contribution des couches moyennes et des classes populaires. Donc je ne peux pas promettre une hausse des salaires. Mais je convoquerai, une conférence sociale au lendemain de l’élection présidentielle, avec les partenaires sociaux, entreprises, comme représentants syndicaux, et nous aurons à discuter notamment du coup de pouce sur le SMIC et des discussions sur les salaires, mais là encore, ça dépend aussi, de la situation économique, et j’en tiendrais le plus grand compte. Donc la progression du pouvoir d’achat, elle sera due à la fois, une maîtrise des coûts et une progression de l’allocation de rentrée scolaire et des salaires.
Laurence FERRARI
On va repartir, monsieur HOLLANDE, si vous le voulez bien, aux questions des Français. Avant cela, juste encore une question d’internautes, ils sont très, très nombreux, merci, d’intervenir sur notre site tf1news.fr. Vous ne parlez pas, ou presque pas d’immigration, ou de banlieues comme si c’était tabou, pourquoi ? Question d’internaute.
François HOLLANDE
Mais j’en parle ! Donc sur d’abord l’immigration, nous sommes devant plusieurs problèmes. Le problème est de savoir, quel est l’immigration légale que nous autorisons. Aujourd’hui, il y a 200 000 personnes qui viennent chaque année sur notre territoire. Je suis pour que les étudiants étrangers, puissent être davantage acceptés qu’ils ne le sont aujourd’hui. Ca a été une mauvaise mesure, de réduire le nombre d’étudiants étrangers, ou de les rendre plus difficiles à faire travailler ensuite, parce que nous avons besoin d’étudiants étrangers pour nos universités, c’est très important d’avoir de la matière grise qui vient de l’extérieur. Deuxièmement, sur l’immigration économique, là, nous devrons faire un débat, chaque année au Parlement, aujourd’hui, il y a à peu près 30 000 personnes qui viennent au titre de l’immigration économique. Nous aurons un débat, là-dessus, de savoir quel est le nombre de personnes ? Et nous voyons bien que dans une période difficulté économique, qu’on ne peut pas faire venir des immigrés, lorsque nous n’avons pas le besoin. Enfin, il y a la question liée à l’asile. On met trop de temps avant de traiter une demande d’asile. Beaucoup trop de temps. Ce qui fait que des personnes restent et elles sont dans des situations difficiles, elles ne peuvent même pas travailler. Donc ça ira beaucoup plus vite et les droits seront respectés. Et puis il y a tout ce qui est immigration familiale, ça correspond à des droits qui sont reconnus par les accords européens….
Laurence FERRARI
Et sur la banlieue alors ?
François HOLLANDE
Alors après, il y a l’immigration irrégulière.
Laurence FERRARI
Et la banlieue aussi ?
François HOLLANDE
Oui, j’y reviens. L’immigration irrégulièrement, contrairement à ce que dit le candidat sortant, pas question d’une régularisation massive. Il n’en a jamais été question.
Laurence FERRARI
Mais ça veut dire quoi au cas par cas ?
François HOLLANDE
Des régulations au cas par cas, oui, donc…
Laurence FERRARI
Combien ?
François HOLLANDE
Mais quand c’est au cas par cas, on n’a pas à donner un chiffre !
Laurence FERRARI
Vous avez un objectif ?
François HOLLANDE
Non, il n’y a pas d’objectif. Ou on a des droits ou on n’en a pas ! Si on a la possibilité de se faire régulariser, parce qu’on a un travail, même s’il n’était pas déclaré, parce qu’on a une vie de famille, parce qu’on a une présence sur le territoire, il y a la régularisation. Quand elle n’est pas possible, elle n’est pas autorisée. Il y a une reconduite. Alors la banlieue, que je ne confonds pas avec l’immigration. La banlieue, c’est des quartiers où sont venues des générations et des générations et puis nous voyons bien les situations qui se sont crées. Quel est le taux de chômage dans les banlieues ? 35 à 40 % pour les jeunes, est-ce qu’on peut l’accepter ? Quelle est la situation au plan scolaire ? Alors qu’il y a des suppressions de poses qui se font, précisément dans les quartiers difficiles ! Les RASED, c'est-à-dire les réseaux pour les élèves qui sont les plus en difficulté, d’ailleurs que l’on trouve aussi bien en milieu rural, qu’en milieu urbain dans les quartiers. C’est là, que les économies ont été faites ? C’est là que les suppressions de postes ont été effectuées. C’est inadmissible ! Donc moi, ma proposition pour les quartiers, les banlieues, c’est bien sûr plus d’emploi, c’est là que je mettrai les emplois d’avenir, les emplois jeunes. C’est là que nous en avons besoin. Je ferais en sorte que les PME, parce que nous avons besoin de créations d’entreprise, dans ces quartiers-là, puissent s’y installer et donc de ce point de vue là, j’ai une idée d’un livret d’épargne industrie qui permettra justement aux PME de pouvoir se financer plus facilement et d’avoir cette épargne de proximité qui pourra leur être affectée. Et puis enfin, nous avons ce devoir, sur le plan scolaire, de permettre à ces jeunes qui sont une chance pour notre pays, si nous savons les former, les qualifier, qui seront un fardeau, si nous ne le savons pas, qui seront un problème, même, si nous les laissons dans cette situation, parce que ça peut exploser. On le voit bien à travers des situations sociales d’extrême urgence. Et puis, enfin, il y a des questions de sécurité et de lutte contre la délinquance. Moi, je ne peux pas accepter ce qui se passe dans un certain nombre de quartiers. Les bandes, les trafics. Vous avez vu ce qui se passe en ce moment à Marseille ? Vous avez vu les attaques qui sont faites ? Donc nous avons le devoir de lutter contre ces trafics et des bandes et en même temps de faire une action de prévention et de suivi, d’un certain nombre de jeunes qui sont en difficulté.
Laurence FERRARI
On va reparler de sécurité dans un instant. Une dernière question, vite ! De Michel FIELD.
Michel FIELD
Les socialistes se sont à nouveau divisés sur l’Europe, lors du dernier vote sur le mécanisme européen de solidarité. Est-ce que ça, ça ne vous affaiblit pas pour porter la parole de la France, sur le plan international ? Un Parti socialiste qui visiblement n’a pas totalement cicatrisé de ses divisions qui remontent au référendum européen et avec des alliés qui sont on ne peut plus éloignés. Puisque vos alliés Verts et écolos, sont plutôt plus européens que vous, d’un point de vue fédéraliste. Et vos alliés du Front de gauche le sont beaucoup moins. Est-ce que ça, ce n’est pas la contradiction au cœur des forces politiques qui vous soutiennent sur l’Europe ?
François HOLLANDE
L’Europe, c’est notre avenir. A la condition que cette Europe soit réorientée. Si l’Europe n’est qu’une discipline, si l’Europe n’est qu’un marché, si l’Europe n’est qu’une monnaie et en plus mise en cause, incapable de se défendre, les Français se détacheront de l’Europe. Et je ne le veux pas. Voyez ce qui se passe quand même, sur un certain nombre de nos pays voisins, la montée des populations…
Michel FIELD
Oui, mais ce n’était pas ma question.
François HOLLANDE
Oui, mais j’y viens. Parce que c’est très important. La gauche, elle doit être consciente de ce risque. Alors certains y répondent, ce n’est pas mon cas, en disant, finalement, mieux vaut se mettre de côté par rapport à cette Europe-là. Je ne le crois pas. Car la France, elle doit être motrice. Et moi, je dis : nous devons avoir ce traité, renégocié, amélioré, complété, la dimension de croissance. J’entraînerai les socialistes sur cette position. Ça a été fait d’ailleurs, 10-15 qui n’ont pas voté comme je le souhaitais, mais ce n’est pas un problème. Mais il y a la question de la gauche, la gauche doit comprendre, qu’elle doit faire la réorientation de l’Europe, mais pas se détacher de l’Europe, parce que nous avons besoin d’une Europe différente. Alors c’est vrai que c’est difficile, parce que l’Europe est aujourd’hui, plutôt dirigée par des conservateurs. Et alors ! Qu’est-ce qui va se passer en France, ça va être une élection très importante pour notre pays, très importante pour l’Europe. C’est nous, qui allons donner par le vote, qui va intervenir le 6 mai, le sens de la construction européenne. Je ne dis pas que les Allemands, les Britanniques, vont tout de suite nous dire, que c’est nous qui avons raison. Je suis lucide. Mais quand même ! Ce vote va être important et le prochain président de la République et si j’ai ce mandat-là, aura pour mission de donner une autre direction.
Laurence FERRARI
Monsieur HOLLANDE…
Michel FIELD
Mais vos alliés socialistes européens, sont dans l’opposition pour l’instant, dans la plupart des pays. Donc vous n’aurez même pas, cette force-là de…
François HOLLANDE
Non. Et dans un premier temps, je devrais faire avec le peuple français, c’est déjà beaucoup. Mais enfin les sociaux démocrates allemands ont des élections, comme d’ailleurs les conservateurs allemands, les élections sont prévues en septembre 2013 et puis, il y aura des élections en Italie, bref ! L’alternance, elle peut exister. D’ailleurs, elle sera d’autant plus forcément facile que j’aurais pu montrer la voie au mois de mai.
Laurence FERRARI
L’alternance, elle se fait aussi sur le plateau. On va repasser la parole aux Français, si vous le voulez bien. Beaucoup de thèmes encore de préoccupation, on va parler de surendettement, de fabriquer français et de sécurité. Regardez !
Journaliste
Aujourd’hui ce sont les enfants Laurent et Evelyne qui dirigent l’usine.
Evelyne
Chez nous, petite entreprise, labellisée entreprise du patrimoine vivant, c’est important, qu’il y ait une fidélité.
Intervenant
Vous avez parfois 3 fois le même établissement, 7 fois le même établissement…
Journaliste
Et ces dérives ne sont pas rares. Ces bénévoles sont de plus en plus sollicités par des personnes étranglées par des prêts qu’ils n’arrivent plus à rembourser.
Journaliste
Ce sera là, en une seule année, le 20ème braquage d’un bureau de tabac, dans le département du Gard.
Buraliste
On est plus de forces de gendarmerie, de police, sur le terrain. Au lieu de diminuer les effectifs, au lieu de fermer des postes, qu’au contraire, peut-être, on en mette un peu plus.
Journaliste
Levé au petit matin, pour traire ses vaches, 7 jours sur 7, puis pour emmener les enfants à l’école, changement de tenue, madame POUSTE (phon) devient madame tout le monde.
Intervenante
Ici, on voit les enfants, on arrive, ils sont heureux, ils ont la joie de vivre, ils nous apportent quelque chose, on n’a vraiment pas l’impression de travailler.
Laurence FERRARI
Voilà et la question vous est posée maintenant par Jean-Louis KIEHL, bonsoir Jean-Louis.
Jean-Louis KIEHL, président de l’association Cresus
Bonsoir.
Laurence FERRARI
Vous avez 59 ans, vous venez de Strasbourg et vous présidez l’association Crésus sur le surendettement, ce sera le thème de votre question.
Jean-Louis KIEHL
… du surendettement social, qui n’a rien à voir avec le…vous le savez, le surendettement n’est pas jugulé en France. Il y a un dossier qui se dépose toutes les deux minutes, des circonstances souvent tragiques de solitude, avec des effets collatéraux considérables sur des gamins de ces familles qui ne parviennent à poursuivre les études. Vous savez, quand vous avez un plan de surendettement, on vous laisse un reste-à-vivre qui est fixé pour 8 ans, et ce sont aujourd’hui, les classes moyennes qui sont touchés. Les seniors également. On n’a pas réussi à mettre en place jusqu’à présent, le fameux fichier positif, le registre des crédits, qui permettrait à la fois de développer le crédit de manière saine, vers des publics qui en ont vraiment besoin, parce qu’il y a l’autre honte, celui de se voir refuser un crédit d’une part. Et d’autre part, d’arrêter les personnes à temps, c'est-à-dire d’engager aussi la responsabilité du banquier, de l’établissement financier, qui nous dit aujourd’hui, je ne savais pas que c’était le crédit de trop qui a fait plonger. Cela créait des dépressions, ça va jusqu’au suicide dans certains cas. Donc aurez-vous, je veux dire la force pour imposer, lorsque vous serez président de la République, si vous étiez élu, la mise en œuvre du fichier qui existe du registre des crédits qui était inscrit dans la loi, mais par crainte, par opposition de certains grands lobbies, on ne parvient pas à le faire. Alors je vous pose la question ce soir, donnerez-vous l’espoir aux Français, ils sont 80 % à le vouloir, nous avons fait des sondages auprès des ménages surendettés, mais aussi auprès des citoyens qui ont contracté des prêts, c’est une anormalité. Nous sommes l’un des derniers pays européen à ne pas l’avoir. L’Allemagne, aussi, très souvent à tort, ici mérite d’être citée, depuis 1927 ?
Laurence FERRARI
Alors votre réponse.
François HOLLANDE
On parlait tout à l’heure, des personnes extrêmement riches, qui vivent sur un train incroyable, et puis là, on évoque la situation des personnes pas forcément pauvres, qui sont entraînés dans un cycle de précarité, liés à l’accumulation de crédits. Une personne peut ou un couple, un ménage donc, peut avoir 4 à 5 crédits comme ça, qui lui ont été accordés, parce qu’il a besoin d’un crédit pour se substituer à un autre, pour faire face à l’échéance. Donc nous avons le devoir, à la fois de responsabiliser le banquier, qu’il n’accorde pas des crédits, alors que la personne ne pourra plus les rembourser. Et aussi de maîtriser la situation de la personne endettée pour venir au bon moment. Alors vous parlez de ce fichier, quand on dit fichier, on a toujours une crainte, et vous l’avez tout de suite identifié. La peur d’être finalement, sur un registre et puis de ne pas pouvoir en sortir et de ne pas pouvoir accéder aux crédits. Donc ça ne peut se faire que dans des conditions très particulières, protectrices de l’individu, du citoyen, et en même temps, nous avons absolument besoin, de connaître la situation de la personne, pour qu’elle ne soit pas ou son couple entrainé dans un processus. Deuxièmement, il y a les frais bancaires. On en parle peu, mais les personnes qui se surendettent, paient des taux d’intérêt qui sont vertigineux. Qui peuvent être de l’ordre de 17, 18, 19 %.
Laurence FERRARI
Vous allez intervenir auprès des banques ?
François HOLLANDE
Et là, il faudra, et j’en prends l’engagement, intervenir auprès des banques par rapport à ce qu’on appelle les commissions. C'est-à-dire qu’il y a à la fois les taux d’intérêt, qui doivent abaisser et en même temps, il y a les commissions que les banques prennent à chaque fois qu’il y a un incident.
Laurence FERRARI
Et comment vous ferez ?
François HOLLANDE
Là-dessus, nous aurons à légiférer, sur les commissions. Et sur la question, donc de l’accès au crédit, puisque vous…
Jean-Louis KIEHL
Le registre des crédits.
François HOLLANDE
Le registre du crédit, nous aurons à mettre en place, ce mécanisme, je l’ai dit, dans le respect des droits des personnes.
Jean-Louis KIEHL
Il se fera ?
François HOLLANDE
Il se fera.
Laurence FERRARI
Vous parliez des bas salaires. Est-ce qu’il faut revaloriser le SMIC ?
François HOLLANDE
Je l’ai dit tout à l’heure…
Laurence FERRARI
Et de combien ?
François HOLLANDE
Je l’ai dit tout à l’heure, ça se fera sur la base d’une conférence salariale, conférence sociale, qui se tiendra après les élections. Il n’y a pas eu de coup de pouce donné au SMIC depuis 4 ans, donc il y aura nécessairement un acte à poser. Mais j’en discuterai d’abord avec les partenaires sociaux. Ce que je veux, c’est changer le mécanisme d’indexation du SMIC. Pour l’instant, c’est un mécanisme qui tient compte des prix, je pense qu’il serait bon de le lier à la croissance. Si cette croissance existe, eh bien, le SMIC sera réévalué, si cette croissance n’existe pas, le SMIC ne sera pas réévalué.
Laurence FERRARI
On va parler des entreprises avec Evelyne MERIGOUS. Bonsoir, Evelyne.
Evelyne MERIGOUS, chef d’entreprise Limoges
Bonsoir, monsieur.
François HOLLANDE
Bonsoir.
Laurence FERRARI
59 ans, vous venez de Limoges, une entreprise de poignées de porte en porcelaine, avec un label entreprise patrimoine des vins.
Evelyne MERIGOUS
Oui, je viens d’une région que vous connaissez bien, monsieur HOLLANDE.
François HOLLANDE
Tout à fait, oui.
Evelyne MERIGOUS
Et d’ailleurs qui a mis en place des dispositifs économiques qui ont fait leurs preuves. L’objet de ma question ce soir auprès de vous, est de savoir ce que, vous connaissez quand même l’importance du fabriqué français, qui a d’ailleurs, qui est devenu un thème de campagne. Et ça me faisait penser aussi, au slogan lancé par les Chambres de Commerce et d’Industrie, à une époque, qui disait : nos emplettes sont nos e
Laurence FERRARI
Quelle est votre question Evelyne ?
Evelyne MERIGOUS
Ma question est de savoir : quel engagement, vous prendrez, si vous êtes élu président de la République, pour aider et même favoriser les entreprises ou les industriels français qui, depuis de longues années, ont serré les coudes et ont fait en sorte de préserver les emplois et de fabriquer français. J’ajouterai une petite anecdote. Je suis la commerciale de l’entreprise et je suis en phase avec les chefs de produits de mes clients qui sont, pour la plupart, des grandes surfaces de bricolage. Il y en a un qui m’avait dit : mais madame MERIGOUS, vous ne vous en sortirez pas, si vous n’allez pas en Chine acheter des produits. Eh bien, je peux dire qu’on s’en sort encore. Mais il est vrai qu’on attend de vous, quand même des aides. Parce qu’il nous semble quand même difficile de comprendre que ces produits d’importation, ne soient pas ou très peu taxés. Alors je voudrais savoir, si il y a une raison particulière qui m’échappe ? Parce que je gère mon entreprise, mais à mon petit niveau. Voilà ! Voilà, c’est la question que je voudrais savoir.
François HOLLANDE
Alors par rapport à cette concurrence qui vient de loin, des pays émergents, de Chine notamment. Ce n’est pas en abaissant le coût du travail en France, que nous pourrons être à la hauteur et quand j’entends le candidat sortant dire, on va baisser les cotisations sociales, on préfère toujours qu’il y ait moins de cotisations sociales et on va augmenter la TVA et comme ça, ça va empêcher les pays importateurs de venir. Personne ne peut y croire. Nous nous en sortirons que si nous vous aidons, à innover, à inventer, à être finalement dans le haut de gamme, pour ne pas être concurrencé. Et deuxièmement, à imposer des normes sociales et sanitaires au niveau européen, pour que des produits qui sont faits, fabriqués hors de toute règle environnementale, ou de toute règle sociale, ne puissent pas accéder jusqu’à nos marchés. C’est quand même un principe. Mais ce que je veux, c’est que nous puissions définir une stratégie offensive. C'est-à-dire être les meilleurs dans nos domaines et vous l’êtes dans ces domaines, heureusement. Parce que ça correspond à une tradition industrielle, vous l’avez rappelée, la porcelaine, mais quel travail ! Quel engagement ! Alors faire ? Je l’ai dit, accéder plus facilement au financement, la Banque Publique d’Investissement, ça, ça permettra avec les régions, de vous accompagner. D’autant que la région Limousin fait beaucoup, heureusement. Avoir le matériel le plus performant. Pouvoir avoir un crédit d’impôt recherche, parce que ça existe et c’est une bonne invention qui remonte à loin, qui a été même amplifié, tant mieux, moi, je suis pour qu’on élargisse le crédit impôt recherche aux petites, moyennes entreprises, innovantes comme la vôtre. Et puis, enfin, nous avons besoin de vous aider à avoir des ingénieurs, des jeunes ingénieurs, qui puissent être là encore, les meilleurs. Enfin, il y a la question chinoise que je veux évoquer. La Chine est un immense pays, avec une recherche importante, ils ont fait beaucoup d’investissements, une main d’œuvre avec un faible coût de main d’œuvre, bien sûr, mais en même temps, ils ont une monnaie qui est inconvertible. Et ça, ce n’est pas acceptable, je l’ai dit plusieurs fois. On ne peut pas avoir un grand pays, qui fait des excédents commerciaux sur l’ensemble des pays européens, notamment sur le nôtre. Et qui a une monnaie dont il décide, la Chine, ce grand pays, de la valeur ! Comment l’accepter ? Donc nous avons à faire en sorte que les Européens, parce que là, il faudra le faire ensemble, que les Européens pèsent sur les Chinois, sur les autorités chinoises, pour que la monnaie chinoise, puisse être convertible et donc être évaluée sur le marché. Enfin, puisque nous sommes de la région Limousin, il y a une entreprise qui est en train de fermer ses portes à Saint-Julien, dans des conditions scandaleuses…
Evelyne MERIGOUS
Tout à fait !
François HOLLANDE
Et qui prouve bien que nous devons intervenir. Que nous devons ne pas laisser-faire, en l’occurrence, il s’agit d’une entreprise américaine, qui ferme une entreprise performante, qui a reçu des aides en plus, 130 personnes…
Evelyne MERIGOUS
Ça c’est scandaleux.
François HOLLANDE
C’est l’entreprise ALBANY, je veux saluer les salariés qui sont aujourd’hui, en lutte, parce que ces salariés-là, se battent pour garder leur outil de travail. L’entreprise a été cadenassée, les machines rendues impossible à tourner, voilà, des comportements qui ne sont pas acceptables. Et donc j’ai présenté une proposition de loi, pour que justement ce type de comportement puisse être empêché.
Laurence FERRARI
Empêché, vous proposez aussi, un droit de préemption pour les salariés, ça c’est une proposition de Jean-Luc MELENCHON, vous adhérez à ça ?
François HOLLANDE
Non. Non ! Là, en l’occurrence, il s’agit d’empêcher des fermetures d’entreprises rentables. Parce que là, en l’occurrence, l’entreprise est rentable. Donc chaque fois, qu’une entreprise a un site qui est rentable et veut s’en débarrasser et qu’il y a un repreneur qui veut intervenir. Eh bien, le Tribunal de Commerce pourrait confier ce site à ce repreneur. Donc cette proposition-là, permettra d’éviter ces comportements où une très grande firme abandonne un site rentable, et sans vouloir, en plus, qu’il puisse être repris. Parce que ça pourrait lui faire concurrence.
Laurence FERRARI
Autre thème important de préoccupation des Français, la sécurité. Bonsoir, Ghislaine.
Ghislaine MAZOYER, buraliste Jonquieres
Bonsoir.
Laurence FERRARI
MAZOYER, 51 ans, vous êtes buraliste dans le Gard, et vous avez des questions à poser à ce sujet à monsieur HOLLANDE.
Ghislaine MAZOYER
Bonsoir monsieur HOLLANDE.
François HOLLANDE
Bonsoir.
Ghislaine MAZOYER
Donc je suis buraliste dans le département du Gard, depuis 23 ans, dans un petit village à côté de Nîmes, avec mon mari. Et je m’occupe aussi, je suis présidente du syndicat des buralistes du Gard. Donc aujourd’hui, c’est au nom des 27 buralistes que je viens vous parler. Et je viens vous parler de sécurité, il faut savoir que 5 débits se font agresser tous les jours, tous les jours des agressions de plus en plus violentes, c’est ce qu’on voit tous les jours, malheureusement parfois, des situations dramatiques, comme on a pu voir sur Lyon. Donc ça, nous, on n’en veut plus. Et pourquoi nous faisons-nous agresser ? Comme vous le savez, le tabac est en France, à un prix exorbitant par rapport aux autres pays. Et évidemment les cambrioleurs qui viennent chez nous, sont très peu punis, mais ont de la facilité à revendre ce produit. Le tabac est un produit de luxe, un produit qui se revend très bien, sur le marché noir. Donc évidemment, ces gens-là en vivent au détriment de nous, buralistes, qui nous faisons agresser et qui ne savons plus, travailler avec la peur au ventre, ce n’est pas possible. Nous, on veut travailler dans de bonnes conditions. Et ça, c’est vraiment, quelque chose qui devient délicat. Moi, ça fait 23 ans, que je suis buraliste et ça ne fait que 2-3 ans que l’on est confronté à ces problèmes-là. Quand le prix du tabac était partout pareil, en Europe, on n’avait pas ces soucis. Et maintenant, depuis 2003, on a fortement augmenté le prix du tabac, on nous a dit là, on nous a prévu une augmentation encore de 40 à 50 centimes du prix du tabac. Alors que dans les autres pays, ils sont deux à trois fois moins chers que nous, donc on favorise quoi ? Le marché de la contrebande, il y a l’insécurité de nos débits, on vole le tabac, pour le revendre. Mais il y a aussi la contrebande des marchés parallèles. Nous, buralistes, on est d’accord pour une politique de santé publique. Le tabac fait mal, d’accord. Mais si 30 % de ce produit-là est acheté sur le marché de la contrebande, est acheté dans les autres pays. Dites-moi, pourquoi, je veux dire, est-ce que le tabac en Espagne, fait moins mal que le tabac en France ? Il faudra nous expliquer.
Laurence FERRARI
Il y a plusieurs choses dans cette question.
Ghislaine MAZOYER
Moi, ma question, c’est la sécurité, le marché parallèle. De toute façon, la sécurité et le marché parallèle, tout est lié. Puisque avant de toute façon, on ne se faisait pas cambrioler, le produit du tabac, on ne se le faisait pas voler. Moi, je connais mon métier par expérience, puisque ça fait très longtemps que je suis buraliste. Donc c’est un grave problème, qu’on a aujourd’hui, par rapport à ça…
Laurence FERRARI
On va laisser répondre monsieur HOLLANDE.
Ghislaine MAZOYER
Voilà, mais après, j’ai encore une question.
Laurence FERRARI
D’accord !
François HOLLANDE
D’accord ! Donc je vais essayer d’être bref, dans ma réponse. Il y a une intensification des violences, depuis plusieurs années. Les violences aux personnes ont progressé. Plus de 20 % depuis 10 ans. Là encore, le candidat sortant qui s’était paré de l’idée qu’il était en capacité de répondre à ces questions de délinquance…
Laurence FERRARI
La délinquance générale a baissé.
François HOLLANDE
La délinquance, j’allais dire, ordinaire a baissé. Mais les violences aux personnes, ont considérablement augmenté. Il y a deux professions qui sont aujourd’hui ciblées. Il y a les bijoutiers, vous avez vu le nombre de braquages d’une extrême violence, avec des morts, des assassinats, et les buralistes, pour les raisons que vous avez indiquées. Non seulement, il y a donc des vols, mais des vols avec violence et violence grave. Et donc je comprends la peur qui saisit ces commerçants. Alors en plus, il y a la question de la contrebande. Et ça, c’est, j’y reviendrai, c’est autre chose. Même si c’est très lié. Donc moi, ce que je veux, c’est démontrer aux Français, qu’il y a des réponses en matière de sécurité.
Laurence FERRARI
Lesquelles ?
François HOLLANDE
D’abord, de mettre davantage de moyens. Vous savez, il y a eu 10 000 suppressions de postes de gendarmes et de policiers, depuis 5 ans. Je n’ai pas compris pourquoi ? Nicolas SARKOZY, ministre de l’Intérieur, avait crée 10 000 postes quand il était donc ministre de l’Intérieur. Devenu président de la République, il supprime 10 000 postes. Où est la cohérence ? Donc je considère…
Laurence FERRARI
Vous en proposez…
François HOLLANDE
Je considère qu’il y a des nécessités de créer des postes, pas énormément, compte-tenu des contraintes budgétaires, je dis 1000, par an, police, gendarmerie, justice. Vous êtes en zone gendarmerie ou en zone…
Ghislaine MAZOYER
En zone gendarmerie.
François HOLLANDE
Voilà ! Nous avons besoin d’avoir une présence, avec des rondes. C’est un des éléments de réponses. Deuxième élément de réponse, nous devons aider ces commerçants à avoir des systèmes, c’est déjà le cas, je crois pour vous, de vidéo protection etc. mais c’est très important, pour qu’il y ait aussi, une dissuasion et éventuellement, des images qui soient prises. Et puis, enfin, nous devons éradiquer ces gangs. Parce que ce sont des gangs.
Ghislaine MAZOYER
Le problème, c’est ça. C’est qu’on les arrête, mais ils continuent tout de suite après…
François HOLLANDE
Ce sont des gangs organisés.
Ghislaine MAZOYER
Puisque la justice, voilà ! Le problème il est là.
François HOLLANDE
Alors la justice j’y viens. C’était peut-être la deuxième question que vous vouliez me poser. Mais sur la justice, nous avons trop de peines qui ne sont pas exécutées. Trop de personnes qui sont condamnées, et qui en définitive ne trouvent pas une réponse. Je ne dis pas toujours la prison, il faut trouver des réponses, même alternatives à la prison. Mais une réponse, sinon la victime se sent en définitive doublement agressée. Agressée, parce qu’il y a eu une violence et agressée parce qu’il n’y a pas une suite.
Ghislaine MAZOYER
Il n’y a pas de punition.
François HOLLANDE
Et pas d’information. Et puis deuxièmement, nous avons besoin de réinsérer ces personnes qui se comportent mal et qui doivent retrouver ce qu’on appelle le droit chemin. Et notamment les plus jeunes. Et puis, enfin, il y a tout ce que vous avez dit sur la contrebande. Sur…
Laurence FERRARI
Et sur le prix du tabac ?
François HOLLANDE
Et sur le prix du tabac, mais c’est lié.
Laurence FERRARI
Est-ce que vous voulez baisser le prix du tabac ?
François HOLLANDE
Non, mais je ne vais pas, prendre cette position, ce ne serait pas sérieux, de ma part. Il y a des raisons de santé publique, que vous avez vous-même rappelées. Mais ce qui n’est pas acceptable, et je comprends votre réaction. C’est qu’on n’ait pas les mêmes règles au niveau européen. J’y reviens. L’Europe doit avoir les mêmes règles, y compris en matière fiscale sur l’alcool et le tabac, qu’il n’y ait pas ces mécanismes où on va chercher du tabac et de l’alcool au-delà de nos frontières. Donc nous devons lutter contre la contrebande, mais en même temps, harmoniser notre fiscalité.
Laurence FERRARI
Juste on n’a pas très bien compris sur le prix du tabac…Excusez-moi Ghislaine, sur le prix du tabac, vous voulez l’augmenter ou pas ?
François HOLLANDE
Moi, je suis pour que, d’abord les prix ont considérablement augmenté avec les taxes.
Ghislaine MAZOYER
Oui, oui.
François HOLLANDE
J’accepte ce principe pour financer notre assurance maladie…
Laurence FERRARI
Est-ce que la TVA va être…
François HOLLANDE
Là, il ne s’agit pas de TVA, il s’agit des droits sur le tabac. Mais ensuite, sur l’harmonisation au niveau européen, ça doit se faire.
Ghislaine MAZOYER
Et comment comptez-vous harmoniser les prix au niveau européen ? Avec la disparité qu’on a dans tous les pays ?
François HOLLANDE
Il faudra agir, c’est là qu’on ne peut pas laisser les choses se faire. Ou on veut une Europe qui…
Ghislaine MAZOYER
Ca fait des années qu’on entend ça, depuis 2003 ?
François HOLLANDE
Oui, mais moi…
Ghislaine MAZOYER
On est en 2012.
François HOLLANDE
Je suis candidat pour 2012, et la gauche n’est plus au pouvoir depuis 2002, donc de ce point de vue là, je n’ai pas encore, encore, ça viendra de responsabilités qui peuvent m’être reprochées. Mais ça viendra, je les revendique. Il faut accepter d’être jugé. Il faut accepter. Quand on a pris des engagements, ensuite d’être regardé comme les ayants tenus ou pas tenus. Mais donc, je dis là-dessus, je m’engagerai pour qu’il y ait une harmonisation au niveau européen.
Laurence FERRARI
C’était la dernière question Ghislaine ? Il y en a une petite dernière ?
François HOLLANDE
Il y avait une autre question.
Ghislaine MAZOYER
Non, c’était que ce n’est plus supportable qu’on augmente le prix du tabac de la sorte. Parce que 30 % du marché de ventes de tabac sont sur le marché parallèle.
François HOLLANDE
Je sais bien. J’ai rencontré votre président…
Ghislaine MAZOYER
Je sais, je sais.
François HOLLANDE
National et nous en avons discuté là-dessus. Sur cette harmonisation.
Ghislaine MAZOYER
Voilà ! Don c’est vraiment important, de se pencher sur ce problème-là, parce que c’est vraiment très, très grave.
Laurence FERRARI
Allez une petite rafale de…
François HOLLANDE
Et on en a besoin de débitants de tabac, je le dis aussi. Parce que c’est souvent ceux qui vendent les journaux…
Ghislaine MAZOYER
C’est souvent le dernier commerce de proximité.
François HOLLANDE
Qui vendent aussi l’épicerie dans les villages.
Ghislaine MAZOYER
Voilà, en zone rurale, il ne reste plus que le tabac.
François HOLLANDE
Et donc c’est aussi un élément de préservation de nos services, dans la ruralité.
Laurence FERRARI
Une question d’internaute. Monsieur HOLLANDE, que pensez-vous du statut des auto-entrepreneurs, comptez-vous supprimer ce statut ?
François HOLLANDE
Ce statut a été bénéfique dans un premier temps, parce que ça permet à des personnes qui sortent du chômage de pouvoir avoir une activité. Mais ça a été tellement peu encadré, qu’on a mis des personnes qui n’étaient pas préparées à la création d’entreprise à connaître des déconvenues. Et ça a aussi déstabilisé d’autres commerçants, d’autres artisans. Qui eux, paient des taxes, paient des cotisations et donc ce sont trouvés mis en concurrence. Donc on gardera l’idée de l’auto-entreprise, mais on fixera des cadres beaucoup plus fermes et stricts.
Laurence FERRARI
Une question sur les affaires. Quel est votre commentaire sur les affaires qui touchent le PS ? Marseille, Pas-de-Calais ou Montpellier, question signée Armada.
François HOLLANDE
Moi, vous savez, sur les affaires, j’ai une règle simple, la justice, toute la justice, et ceux qui – quelle que soit leur sensibilité politique – sont condamnés pour fait de corruption ne pourront plus se présenter à des mandats publics ; est-ce que je peux être plus clair ?
Laurence FERRARI
Pas plus. Sixième question enfin d’internaute : maintenez-vous le dispositif des carrières longues, qui permet de partir avant 60 ans ?
François HOLLANDE
Ça, nous en discuterons avec les partenaires sociaux, ce que j’ai dit – parce que c’est un sujet très important la retraite – ce que j’ai dit, c’est que ceux qui ont commencé tôt à travailler, et qui ont leurs 41 années de cotisations pourront partir à 60 ans. Comment accepter que ceux-là, souvent des personnes de catégorie modeste qui ont travaillé dur, qui se sont vraiment levées tôt le matin et commencé tôt à travailler, comment leur dire : eh bien, maintenant, ce n’est plus 41 années, c’est 42 ans, 43 ans, voire davantage, c’est inacceptable ! Donc j’ai dit : pour ceux-là qui ont commencé à 18 ans et qui ont leurs 41 années de cotisations, ils pourront partir à 60 ans. Pour le reste, nous négocierons avec les partenaires sociaux.
Laurence FERRARI
Dernière question, sur vos premières réformes, si vous êtes élu à l’Elysée, on parlait tout à l’heure d’allocation pour la rentrée scolaire, quelles sont vos premières réformes ?
François HOLLANDE
Celle-là, celle que je viens de dire, pour permettre à ceux qui ont leurs 41 années de pouvoir partir, ensuite, j’ai la rentrée scolaire, qui doit être absolument préparée, mais ça ne sera pas facile, puisqu’on ne pourra pas avoir les postes des enseignants ou des assistantes sociales ou des surveillants, bref, de tous les personnels de l’école, les concours seront déjà faits, donc nous aurons un plan d’urgence à engager. Et puis, l’allocation de rentrée scolaire, parce que je veux que les familles puissent tout de suite avoir un supplément de pouvoir d’achat.
Laurence FERRARI
Alors, la liaison est toute trouvée avec Pascal ROSAMONT. Bonsoir. Vous êtes directeur d’une école élémentaire à Malakoff. Vous avez une question à poser à monsieur HOLLANDE.
Pascal ROSAMONT, 39 ans, marié, 1 enfant, directeur d’une école élémentaire Longjumeau Essonne (91)
Bonsoir Monsieur HOLLANDE.
François HOLLANDE
Bonsoir.
Pascal ROSAMON
Alors, j’ai regardé votre programme et j’ai vu donc les projets et les ambitions que vous aviez pour l’école. Et ma question va rejoindre un peu ce que vous veniez de dire, vous parliez de contraintes budgétaires, et vous avez annoncé la création de 60.000 emplois sur cinq ans. Alors, avez-vous ou comment comptez-vous mettre en adéquation ces ambitions que vous avez pour l’école, et donc ces postes, et avec les contraintes budgétaires, et justement la situation financière qui est la nôtre aujourd’hui ?
François HOLLANDE
J’ai donc pris cet engagement, et je l’ai dit aux Français depuis plusieurs mois, c’est estimer en fin de période à un milliard sept, d’ailleurs, de ce point de vue-là, c’est une estimation qui a été donc corroborée par tous les observateurs. Un milliard sept fin 2017. Un milliard sept, c’est exactement l’équivalent de la baisse de l’impôt sur la fortune qui a été votée par l’actuelle majorité. Qu’est-ce qu’on préfère, on préfère faire un cadeau aux plus fortunés, ou est-ce qu’on préfère donner une chance, une chance de plus à tous les jeunes Français, moi, j’ai fait mon choix, donc ça coûtera la première année 500 millions d’euros, ainsi de suite, la dernière année, un milliard sept, c’est-à-dire, moins que ces allègements d’impôts pour les plus fortunés. Alors, ensuite, ce n’est pas uniquement pour créer des postes, il y en a 80.000 qui ont été supprimés, 80.000 sur les six dernières années, 80.000, j’ai dit : 60.000 pour les cinq prochaines. Donc pendant un certain temps, il va falloir vivre avec des effectifs qui ne sont pas considérables. Donc qu’est-ce que ça va être d’abord ces postes-là, pas que des postes d’enseignants, nous en avons besoin, mais aussi des postes d’infirmières, d’assistantes sociales, de surveillants, d’encadrants, y compris dans des établissements les plus violents, un certain nombre de personnels qui seront dédiés à la prévention des violences dans les établissements, c’est très important. Ensuite, est-ce que ça sera sans contreparties, non, les enseignants, les responsables devront faire en sorte que nous ayons une vraie discussion ensemble, pour qu’il y ait des contreparties, travailler en équipe, réforme des rythmes scolaires, accompagnement des élèves les plus en difficulté, pourquoi il faut que nous ayons plus de moyens humains, parce que pour enseigner, je n’ai pas trouvé d’autre solution que d’avoir des professeurs devant les classes, et enfin, quelle est la situation aujourd’hui de l’école, vous la connaissez bien, vous, c’est que ce qui était une force du système scolaire français, les maternelles et le primaire, il y a aujourd’hui un enfant sur dix seulement qui est scolarisé avant 3 ans, et dans le primaire, alors que nous avions un taux d’encadrement qui était parmi les plus hauts d’Europe, nous sommes maintenant dans les taux d’encadrement les plus faibles, c’est-à-dire, ce qui doit permettre – maternelles, écoles primaires, premières années de collège – de donner toutes les conditions de la réussite, c’est là qu’il y a eu le plus de suppressions de postes, je ne peux pas l’accepter. Donc là encore, ces priorités devront être reconnues. Alors, il y aura une loi de programmation, une loi d’orientation pour l’école, parce que ça doit être la grande affaire des prochaines années. J’ai dit : la jeunesse, pourquoi je veux que ce soit autour d’une grande priorité, il faut à un moment qu’un pays se rassemble sur un grand défi, sur ce qui peut être un progrès pour tous, et évidemment, quelle plus belle cause, quel plus bel enjeu que celui de la jeunesse, c’est ce que j’appelle le rêve français et le récit républicain, c’est toujours comme ça que nous avons fait dans notre histoire, nous avons toujours permis à la génération qui arrivait de vivre mieux que la nôtre, et aujourd’hui, ce n’est plus le cas, c’est plus difficile pour les jeunes aujourd’hui d’avoir une éducation qui les conduise vers l’emploi, c’est plus difficile d’accéder à l’emploi, c’est plus difficile d’accéder au logement, c’est même plus difficile même de se soigner. Donc moi, je veux que la jeunesse de France ait toutes les conditions pour la réussite. Alors, c’est vrai que ça sera encore davantage le cas dans les quartiers les plus difficiles ou en zone rurale, mais ça doit être la grande ambition collective. Donc il n’y a pas que ces affaires de créations de postes, vous avez vu les montants, où j’ai fait la comparaison qui était nécessaire par rapport à l’impôt sur la fortune, il y a toute la mobilisation du corps enseignant, de tous ceux qui travaillent dans l’école, et nous le ferons aussi avec les collectivités locales qui – vous le savez – agissent aussi pour l’école, le collège et le lycée.
Laurence FERRARI
Monsieur HOLLANDE, je voudrais passer la parole, si vous le voulez bien, à Serge VENTURINI. Bonsoir Serge.
Serge VENTURINI, marié, 3 enfants, ajusteur, Hagondange Moselle (57)
Bonsoir Monsieur HOLLANDE.
Laurence FERRARI
Vous avez 52 ans, vous venez de Lorraine, vous avez participé au rachat de votre entreprise par ses salariés. Allez-y.
Serge VENTURINI
Exactement. Alors, permettez-moi tout d’abord d’avoir une pensée pour tous mes collègues licenciés, parce que depuis 2008, notre société a commencé à aller mal. Alors, MITTAL Gandrange et Florange est un de nos plus gros donc client, alors, bon, ben, leur activité a considérablement chuté, voire même réduite, donc conséquence pour TIMECA, donc réduction d’un secteur maintenance, et suppression d’un secteur usinage, il n’y a que l’électro érosion qui n’a pas trop souffert de cette donc chute. Donc nous nous sommes réorientés sur d’autres secteurs qui sont le médical et l’aéronautique. Donc ma question, Monsieur HOLLANDE, que feriez-vous si vous êtes élu pour redynamiser, je veux dire, la sidérurgie en Lorraine ?
Laurence FERRARI
Monsieur SARKOZY dit qu’il ne veut pas laisser tomber la sidérurgie en France.
François HOLLANDE
Oui, il a laissé tomber Gandrange qui avait été, là, un lieu symbolique d’une promesse qui n’a pas été tenue. Mais répondons à la question et oublions un moment le candidat sortant. L’industrie sidérurgique, nous en avons besoin pour l’industrie automobile, on en parlait tout à l’heure, pour l’industrie aéronautique, donc c’est une filière industrielle. Et je veux favoriser les grandes filières industrielles. Donc par rapport à la sidérurgie, il y a un interlocuteur, c’est MITTAL, puisqu’il y a eu en 2006 la vente d’ARCELOR à MITTAL. Et aujourd’hui, c’est lui qui, à l’échelle d’ailleurs de l’Europe et du monde, pèse essentiellement sur le marché.
Serge VENTURINI
C’est là où il y a le problème, tout le monde le sait que…
François HOLLANDE
Tout le monde le sait, donc…
Serge VENTURINI
MITTAL gère tout, et il sera le seul…
François HOLLANDE
Et avec des intérêts qui sont maintenant plus financiers qu’industriels, au départ, il avait dit : je viens avec un projet industriel, et nous constatons que, en définitive, c’est par rapport à des critères purement financiers qu’il se détermine. Donc là, nous aurons, ce n’est pas facile, à avoir une discussion forte avec MITTAL. Mais il y a le projet ULCOS, vous avez entendu parler de ce projet…
Serge VENTURINI
Oui…
François HOLLANDE
On ne peut pas résumer l’avenir de l’industrie sidérurgique…
Laurence FERRARI
150 millions d’euros…
François HOLLANDE
Même si ça peut permettre à Florange d’avoir un avenir. Mais ce que nous devons faire, c’est effectivement moderniser encore la sidérurgie. Mais je suis attentif à ce que vous dites, c’est-à-dire, nous avons besoin de diversification, et de reconversion aussi. Mais pour ça, il faut de l’investissement. Et comment investir, d’où l’idée de la banque publique d’investissement, qui remplacera tout ce qui existe aujourd’hui et qui permettra d’appuyer un certain nombre de projets industriels. Donc c’est ce que je ferai à travers cette banque publique d’investissement.
Laurence FERRARI
Docteur Michel MAÏZA, bonsoir. Vous avez 64 ans, vous êtes cardiologue à Falaise. Allez-y.
Michel MAÏZA, 64 ans, 2 enfants, cardiologuqe, Falaise – Calvados (14)
Bonsoir Monsieur HOLLANDE.
François HOLLANDE
Bonsoir.
Michel MAÏZA
La santé est une préoccupation majeure de nos concitoyens, la désertification médicale en milieu rural aggrave l’inégalité des Français vis-à-vis, face à la maladie, je vous donne quelques chiffres, avec 264 médecins pour 100.000 habitants, la Basse-Normandie, où j’exerce, occupe la septième place des régions les plus mal dotées du pays. En 2010, seuls 4,6% des médecins inscrits à l’Ordre ont choisi une activité libérale, ils ont une activité salariée. Pour les cardiologues, c’est encore pire, c’est 4,7% qui ont choisi une activité libérale. L’âge moyen des médecins en France, c’est 51 ans et demi. Alors, que proposez-vous en sachant que jusqu’alors, les principales mesures incitatives, qu’il s’agisse d’avantages financiers, de pôles de santé restent largement insuffisantes, et qu’une augmentation du numerus clausus ne pourrait porter ses fruits que dans une dizaine d’années. Je peux me permettre une deuxième question : pensez-vous, à l’époque des 35h, faire admettre aux jeunes générations de médecins, d’ailleurs, de plus en plus féminisées, l’idée de travailler 55, 60, 70 heures comme leurs aînés ?
Laurence FERRARI
Alors, Monsieur HOLLANDE !
François HOLLANDE
Alors, le constat, il est implacable, et il n’y a rien à retrancher ou à ajouter. Donc je le partage. Vous donnez des solutions, l’une, elle est à très long terme, le numerus clausus devrait être élargi, il n’est pas normal de recruter aussi peu de médecins alors que nous avons des besoins de renouvellement, aussi bien d’ailleurs pour la médecine de ville que pour l’hôpital, mais il faudra dix ans. Donc ce que je pourrais faire comme prochain président de la République ne vaudrait que pour mon lointain successeur. Deuxième point, nous avons, à mon avis, l’impossibilité de contraindre un médecin à la sortie de ses études pour lui dire : venez vous installer dans telle ou telle région. Ce n’est pas réaliste, aucun jeune médecin ne pourra être obligé de s’installer contre son gré. Vous partagez ce point de vue ?
Michel MAÏZA
Pas tout à fait, je vais vous expliquer pourquoi…
François HOLLANDE
Vous pensez qu’il est possible de le contraindre ? Je pense que c’est très difficile. Donc à partir de là, nous pouvons empêcher que des médecins s’installent, ça, nous pouvons le faire, dans des zones déjà sur-dotées. Mais voyez, ce n’est pas tout à fait la même chose, c’est-à-dire, empêcher un médecin de s’installer dans une zone sur-dotée, ce n’est pas la même chose que de l’obliger à venir dans une zone sous-dotée. Mais j’en arrive aux propositions, vous dites : les pôles de santé, les pôles de santé sont une solution, c’est-à-dire que nous devons faire en sorte que maisons de santé, réseaux de santé, centres de santé, liés ou non à l’hôpital, mais, puissent être proposés à un groupe de médecins ou de professions de santé. Moi, je crois beaucoup à cette idée, d’ailleurs qui est déjà en place…
Michel MAÏZA
Tout à fait…
François HOLLANDE
A peu près 250 à 300 maisons de santé qui se sont créées, c’est une solution pour lutter contre la désertification médicale…
Laurence FERRARI
Avec une incitation financière ?
François HOLLANDE
Oui, mais alors, l’incitation financière peut s’ajouter, moi, j’y suis favorable, mais ce n’est pas de nature à répondre à la question. La question, c’est surtout comment demander à un jeune médecin ou à un moins jeune médecin de faire autant d’heures par rapport à des systèmes de garde qui sont extrêmement contraignants et alors même que la profession a considérablement changé, qu’elle s’est – tant mieux – féminisée, et avec aussi le souci de vivre tout simplement dans des conditions différentes du passé. Donc nous devons faire tout un système de permanence de soins, de gardes qui puissent être partagées, de façon à ce que les médecins puissent avoir des modes de vie qui soient compatibles avec le mode d’exercice de leur profession.
Laurence FERRARI
Je voudrais qu’on passe la parole à…
Michel MAÏZA
Alors, je peux…
Laurence FERRARI
Une dernière, une dernière intervention, allez-y…
Michel MAÏZA
Je peux…
François HOLLANDE
Mais c’est un vrai sujet la diversification médicale, parce que nous avons le risque de personnes qui ne pourront plus accéder aux soins s’il n’y a plus de médecins spécialistes ou généralistes…
Michel MAÏZA
Oui, mais je voudrais dire deux choses, premièrement, le numerus clausus a été multiplié par deux entre 98 et 2010, sans aucun effet sur la désertification médicale, deuxièmement, le numérus clausus, c’est dans dix ans que ça va produire…
François HOLLANDE
Oui, oui, je l’ai dit, donc…
Michel MAÏZA
Et troisièmement, troisièmement, les doyens des facultés de médecine attirent l’attention sur le fait qu’il ne faut pas augmenter le numérus clausus dans les conditions actuelles, parce qu’il n’y a pas la possibilité de former les étudiants dans des… il y a la qualité de la formation, il y a des amphithéâtres qui sont surchargés, et ça pose un problème. Voilà pour le numérus clausus. Maintenant…
Laurence FERRARI
Voilà…
Michel MAÏZA
Non, non, mais attendez, je continue, si vous me permettez…
François HOLLANDE
Allez-y, allez-y…
Laurence FERRARI
Allez-y, parce qu’il y a encore une question derrière vous, allez-y.
Michel MAÏZA
Alors, répondez à cette question…
Laurence FERRARI
Voilà, merci…
François HOLLANDE
Non, non, mais finissez, et puis, je répondrai globalement…
Michel MAÏZA
Bien, en ce qui concerne la contrainte pour les jeunes médecins, je ne suis pas d’accord de contraindre un jeune médecin à s’installer dans une région où il n’a pas envie de s’installer, mais est-ce qu’il ne pourrait pas exister un système qui, je crois, a déjà été préconisé, de service médical civique, c’est-à-dire que chaque jeune médecin devrait, pour une période de trois ans, s’installer dans une région déficitaire, sans l’obliger à y rester, mais simplement pendant trois ans, de créer justement un… de s’installer pour pouvoir assurer un service…
Laurence FERRARI
Votre réponse…
François HOLLANDE
Oui, d’abord, il est très possible dans le cadre des études médicales d’avoir des stages chez des médecins généralistes ou les médecins spécialistes dans les zones déficitaires. Deuxièmement, je pense que vous avez une bonne idée de faire en sorte qu’il puisse y avoir un service après les études de médecine, mais qui supposerait d’être rémunéré correctement, parce que, aujourd’hui, les médecins préfèrent faire des remplacements que des installations, donc il faudrait les inciter davantage…
Michel MAÏZA
Non, mais évidemment, et pourquoi ?
François HOLLANDE
Vous avez donné la raison. Et puis, troisièmement, dans la tarification des médecins, aujourd’hui, les médecins généralistes sont payés à l’acte, et il serait judicieux que, à côté de ce paiement à l’acte, il y ait aussi un forfait qui tienne compte de la place sur le territoire. C’est-à-dire que ce forfait serait d’autant plus élevé que la zone est déficitaire. Je pense que ça pourrait être une solution aussi.
Laurence FERRARI
On va partir à Louviers maintenant parce que…
Michel MAÏZA
Non, mais je voudrais poser encore une question…
Laurence FERRARI
Il faut passer la parole à Jean-Edouard CRIQUIOCHE. Vous avez 41 ans. Bonsoir.
Jean-Edouard CRIQUIOCHE, marié, 1 enfant, directeur de salles de cinéma, Louviers – Eure (27)
Bonsoir.
Laurence FERRARI
Vous êtes directeur d’une salle de cinéma, et vous êtes aussi skippeur professionnel. Vous avez une question à poser à monsieur HOLLANDE.
Jean-Edouard CRIQUIOCHE
Voilà, ce soir, ça va plutôt concerner le cinéma, en plus, cette nuit, ça a été une belle activité pour le cinéma français, enfin, une belle actualité. Depuis le 1er janvier, Monsieur HOLLANDE, la TVA des lieux culturels et notamment des salles de cinéma ont augmenté. Cette augmentation fragilise des petites structures comme la mienne à Louviers où on est un petit cinéma, c’est un frein économique supplémentaire aux Français pour l’accès à la culture. La question, elle va être simple et cash, si vous êtes élu, est-ce que vous allez continuer à taxer la culture ?
François HOLLANDE
Moi, j’ai déjà dit ma position par rapport à la TVA, alors qu’il y a eu deux augmentations de TVA, une immédiate, qui a été le passage de 5,5 à 7%, dont ont été victimes les lieux de spectacles et le livre. Et il y a une deuxième augmentation de TVA qui a été donc annoncée, qui n’est pas encore effective, j’espère qu’elle ne le sera jamais, c’est le passage de 19,6 à 21,2, la TVA au taux normal, qui ne concerne pas votre activité. Donc je reviendrai sur les deux augmentations de la TVA.
Jean-Edouard CRIQUIOCHE
Parce que, à un moment, vous aviez évoqué uniquement un retour à 5,5 pour les livres, là, ce soir, c’est pour les théâtres, les concerts et le…
François HOLLANDE
Pour tous les produits culturels.
Jean-Edouard CRIQUIOCHE
D’accord. Donc là, c’est une question très rapide. Moi, je suis un…
François HOLLANDE
Vous savez que pour les… je ne sais pas pour les entreprises de spectacles, mais les marges sont très faibles pour les libraires…
Jean-Edouard CRIQUIOCHE
Absolument, absolument…
François HOLLANDE
On parle de – on a raison vraiment – la question très importante de la désertification médicale, mais nous avons aussi un problème de présence de libraires dans un certain nombre de nos villes, et l’augmentation de la TVA de 5,5 à 7 risque d’en faire fermer plusieurs…
Jean-Edouard CRIQUIOCHE
Non, mais je n’ai pas besoin de me mettre en bagarre vis-à-vis des libraires ou qui que ce soit, pour moi, la culture, c’est un ensemble…
François HOLLANDE
Et pour les entreprises de spectacles, je pense aussi que les marges sont très faibles, et que ça peut empêcher effectivement un certain nombre d’activités.
Jean-Edouard CRIQUIOCHE
Donc maintenant, de manière un peu plus concrète, moi, je suis un tout petit patron, et j’ai huit collaborateurs, et tous les jours, je suis confronté à des difficultés administratives, le meilleur exemple, c’est la réalisation d’un bulletin de paie, je crois que 90% des Français aujourd’hui sont incapables de comprendre un bulletin de paie, la seule chose qui les intéresse, c’est le chiffre en bas à droite, c’est devenu une usine à gaz, que ce soit administratif, social, fiscal, toutes ces lois-là, mais y compris le droit du travail, j’ai l’impression que ça a été édité pour les grandes entreprises du CAC40, dont on parle en permanence, sauf que si nous, tout petits, qui sommes contraints à gérer tout ça, sauf que dans les sociétés de ma taille, c’est au gérant de faire le social, le juridique, le fiscal, est-ce que vous allez – c’est simple, en plus, ça ne coûte rien – est-ce que vous allez simplifier les bulletins de paie et toute la partie administrative des petites entreprises ?
François HOLLANDE
Ça a tellement été promis…
Jean-Edouard CRIQUIOCHE
Mais c’est super facile…
François HOLLANDE
J’ai tellement entendu : la simplification va se faire, et pour la création d’entreprises, pour l’accès au crédit, pour l’édition du bulletin de paie, et je constate que…
Jean-Edouard CRIQUIOCHE
Mais c’est simple, c’est simple à faire…
François HOLLANDE
Oui, et je constate que le code du travail a encore gagné plusieurs centaines de pages, et il y a une inflation de lois, si je peux prendre un engagement, un de plus, c’est… il ne s’agit pas de multiplier les lois, il s’agit de les faire appliquer, je vais prendre un exemple, qui ne vous concerne pas, je reviendrai, prenez l’exemple de l’égalité salariale homme/femme, il y a eu des lois qui ont été votées, elles ne sont toujours pas appliquées, or, c’est un principe essentiel qui doit trouver sa traduction, et vous avez raison, sur le bulletin de paie, c’est quand même des choses qui pourraient être très simples, compte tenu de l’informatique…
Jean-Edouard CRIQUIOCHE
On sait qu’il faut payer, non, mais c’est même y compris informatique, je veux dire, aujourd’hui, paramétrer un… un logiciel de paie, c’est deux jours et demi de boulot, faire une DADS à la fin de l’année, ça me prend trois jours de boulot. Ce que je veux dire par-là, c’est que quand on est un petit entrepreneur, le risque numéro un aujourd’hui, il est social, c’est que le code du travail, il est devenu tellemetn compliqué que si on n’a pas un DRH, on a des risques de Prud’hommes et compagnie, on peut tout simplifier tout ça, et je suis persuadé que le jour où on simplifiera tout ça, ça libérera aussi les patrons à employer.
François HOLLANDE
De toute façon, les employeurs, les innovateurs, les entrepreneurs, ils ont mieux à faire que faire de l’administration, ça vaut aussi d’ailleurs pour les agriculteurs…
Jean-Edouard CRIQUIOCHE
C’est 25% de notre temps…
François HOLLANDE
Et donc tout ce qu’on pourra faire pour simplifier, pour regrouper les employeurs, pour ces tâches-là, parce qu’on peut faire des groupements d’employeurs, et pour gérer le personnel et pour gérer les procédures administratives, tout sera encouragé, parce que moi, je ne veux pas que ceux qui sont là pour créer fassent finalement autre chose que de créer.
Laurence FERRARI
La soirée n’est pas terminée Monsieur HOLLANDE, je vous ramène devant nos journalistes, cinq journalistes, ils ont des questions très courtes en rafale çà vous poser. François BACHY commence.
François BACHY
Première de ces questions justement, on va à nouveau parler d’engagement, le droit de vote des étrangers pour les élections locales, la gauche le propose depuis 1981, qu’est-ce qui nous garantit que cette fois, vous le ferez ?
François HOLLANDE
Vous savez qu’il y avait un obstacle qui avait été plusieurs impossible à dépasser, qui était le fait que le Sénat était majoritairement à droite, et hostile à ce droit de vote pour les élections locales des personnes présentes sur notre territoire depuis plusieurs années. Le Sénat étant maintenant passé à gauche, si je suis élu président de la République, je peux espérer une majorité également à l’Assemblée nationale, et donc nous ferons voter ce texte et par l’Assemblée nationale et par le Sénat. Pourquoi ce texte d’ailleurs, pourquoi ça fait des années et des années qu’il est avancé et qu’il n’est jamais fait, parce que, il est très important que celles et ceux qui sont dans notre pays depuis très longtemps, dont les enfants sont Français, puissent voter au moins et uniquement d’ailleurs aux élections locales, uniquement d’ailleurs aux élections municipales, parce que finalement, ces personnes paient des impôts, participent à la vie locale, mais ne peuvent pas finalement choisir leurs élus, eh bien, cette évolution se fera.
Laurence FERRARI
Françoise FRESSOZ.
François FRESSOZ
Les riches ont été omniprésents dans le débat, vous les avez cités à plusieurs reprises, vous voulez les faire payer davantage, vous les aimez ou vous ne les aimez pas, comme vous le disiez il y a un certain nombre d’années ?
François HOLLANDE
Non, je pense que cette formule était finalement trop rapide, moi, ce que j’apprécie, c’est finalement le talent, le travail, le mérite, tous ceux qui ont réussi à créer et à permettre à la France d’avancer, ce que je n’accepte pas, c’est la richesse indécente, c’est des rémunérations qui n’ont pas de rapport avec finalement le talent ou l’intelligence ou l’effort, ce que je n’accepte pas, c’est le scandale d’un certain nombre de stock-options ou de retraites chapeau, j’ai vu qu’on en parlait, il est bien temps, bref, de tout ce qui fait que les Français ont le sentiment que c’est trop injuste, c’est trop inégal, ce que je veux être, c’est être le président de la justice, finalement, qu’est-ce qui peut nous permettre de nous rassembler, je l’ai dit, une grande cause, la jeunesse, une idée, la belle idée de la République, où les lois sont respectées et où les Français ont la conviction qu’ils sont à égalité de droits et de devoirs. Et puis, l’autre principe, c’est la justice, il faut que chaque décision publique soit juste, et la fiscalité aujourd’hui est très injuste, il a été baissé l’impôt sur la fortune, il a été accordé un bouclier fiscal pendant cinq ans, il a été créé je ne sais combien de niches fiscales pour échapper à la progressivité de l’impôt, il a été allégé l’impôt sur les successions pour les plus grosses fortunes ; bref, il y a eu trop d’injustices, et donc nous aurons, puisqu’il y aura un effort à faire, puisqu’il nous faudra redresser les comptes publics, à demander à ceux qui ont le plus de contribuer davantage, et à ceux qui ont le moins de contribuer un peu moins.
Laurence FERRARI
Michel FIELD, Michel.
Michel FIELD
La France ne réintègrerait pas, ne quitterait pas, pardon, le commandement intégré de l’OTAN, alors que vous avez fait de cette réintégration par Nicolas SARKOZY un marqueur de son abandon et de sa trahison du Gaullisme, c’est aux premières pages de votre livre. Où est la cohérence ?
François HOLLANDE
Je pense que c’était une mauvaise décision de la part de Nicolas SARKOZY de rentrer dans le commandement militaire de l’OTAN, vous savez que nous sommes membres de l’OTAN, mais nous n’étions pas, jusque-là, le général De GAULLE en avait pris la décision, partie prenante de l’Etat major.
Michel FIELD
Pourquoi ne pas en sortir si vous êtes président ?
François HOLLANDE
Alors, je pense que nous aurons à reposer des conditions. Il ne s’agit pas de dire que nous allons sortir, j’ai le respect de nos alliés, mais nous aurons à reposer des conditions, à la fois de respect de notre indépendance et de participation à des décisions. Et puis, j’ajoute un mot qui est important au moment où nous parlons, il a été évoqué la question de la Syrie, mais moi, je vais parler de l’Afghanistan, vous avez vu ce qui se passe en ce moment en Afghanistan, où il y a des manifestations contre la présence des troupes étrangères, y compris les nôtres, et je pense que, il n’y a pas eu la bonne décision qui a été prise. C’est-à-dire qu’il y a eu de la part de Nicolas SARKOZY, au moment où nous rentrions dans l’OTAN, la décision de renforcer notre présence en Afghanistan. Alors, finalement, après des tragédies, il a été décidé par Nicolas SARKOZY de retirer nos troupes fin 2013. Moi, je dirais à nos alliés, ça sera la première rencontre que j’aurais avec eux, ça sera au sommet de l’OTAN justement, à Chicago, à la fin du mois de mai, je dirais que nous retirerons notre présence militaire en Afghanistan, nos troupes, et que ça se situera à la fin de l’année 2012 pour que le dernier soldat français revienne sur le sol national.
Laurence FERRARI
Une question économique, François-Xavier PIETRI ?
François-Xavier PIETRI
Oui, la Grèce vient à l’instant d’être à nouveau dégradée en situation périlleuse, c’est STANDARD & POOR’S, est-ce que franchement, c’est le bon moment d’aller rouvrir ce débat européen, en remettant le traité en question, est-ce que ça ne va pas faire exploser la cocotte minute, de reprendre encore ces négociations après dix-sept sommets qui devaient être décisifs sur la Grèce ?
François HOLLANDE
Ça fait deux ans, deux ans que la question grecque est posée, et on a attendu deux ans pour intervenir massivement, et pour préserver les Grecs de la faillite. Puisqu’en définitive, une partie de la dette a été effacée et une autre a été restructurée. Et vous pensez que l’Europe a été bien dirigée depuis deux ans ? Qu’il y a eu les bonnes décisions à ces dix-sept sommets ? Et que les Grecs ont été redressés, alors que, ils ont subi plan d’austérité après plan d’austérité, vous avez vu avec quelles conséquences, et avec des risques démocratiques sérieux, moi, je considère que, il y a eu trop de retards, trop d’inertie, trop de conditions qui ont été posées, bon alors, maintenant que le Fonds a été créé, puisqu’il y a un Fonds européen, je ne vais pas le mettre en cause, j’ai même considéré qu’il devait être davantage doté, vous savez que ce débat n’est pas encore clos, que les Allemands sont encore réticents, que le Fonds monétaire international voudrait lever des fonds supplémentaires, qu’il n’y parvient pas, donc là, la question n’est plus posée pour la Grèce, est posée pour l’Europe. Et donc je dis : si nous voulons sortir l’Europe de la crise dans laquelle elle est rentrée, à cause d’un petit pays, d’une petite dette, parce que c’était 300 milliards d’euros, là, on est sur des chiffres beaucoup plus importants, il faudra autre chose que les seules disciplines, il faudra de la croissance, les disciplines, c’est nécessaire, moi-même, j’ai pris un engagement, on reviendra à l’équilibre des finances publiques à la fin 2017, à la fin de mon prochain quinquennat, si les Français m’en donnent mandat. Mais en attendant, pour arriver à cet équilibre, il faut remettre de la croissance, de l’activité, sinon, regardez ce qui se passe pour les Grecs, on leur dit : faites encore des efforts, mais ils n’en peuvent plus, et ils ont des taux de croissances négatifs, les Grecs, comment peuvent-ils s’en sortir, et STANDARD & POOR’S, vous venez d’en faire la démonstration, leur dit : on va vous dégrader encore, mais ça va bientôt être en dessous de zéro. Donc tout ça n’a pas de sens, il faut remettre l’Europe sur un sentier de croissance, et avec un Fonds pour intervenir qui soit davantage doté, et une banque centrale qui intervienne plus tôt et plus fort…
Laurence FERRARI
Etienne GERNELLE.
Etienne GERNELLE
Monsieur HOLLANDE, vous voulez réduire le poids du nucléaire en France, est-ce que vous irez à la centrale de Fessenheim, qui serait la première à fermer, pour expliquer aux salariés de Fessenheim les yeux dans les yeux : je vais fermer votre centrales, et pourquoi ; est-ce que vous irez ?
François HOLLANDE
Je rencontrerai les salariés de Fessenheim ou leurs représentants, parce que je leur dois la vérité…
Etienne GERNELLE
Vous irez là-bas.
François HOLLANDE
Donc je les verrai. Mais le sujet est lequel, nous avons aujourd’hui une très grande dépendance à l’égard du nucléaire, c’est à la fois un atout, et en même temps, une faiblesse, nous avons besoin de diversifier nos sources d’énergie. Donc j’ai dit : à l’horizon 2025, la production d’électricité de source nucléaire passera de 75% à 50%, vous voyez, c’est graduel, et la seule centrale qui fermera durant le prochain quinquennat, si les Français m’en donnent mandat, c’est Fessenheim, pourquoi Fessenheim, je n’en voudrais pas particulièrement à Fessenheim, parce que c’est la plus vieille centrale et elle est dans une zone sismique, et il y a eu des incidents, et même la ministre qui était jusque-là chargée de l’Ecologie en avait fait un moment l’hypothèse de la fermeture de Fessenheim. Mais en même temps, est-ce que ces travailleurs seront privés d’emploi ? Nullement, car il va falloir démanteler la centrale, et nous devons en faire d’ailleurs un chantier exemplaire, parce qu’il y aura plusieurs centrales dans le monde à démanteler, d’autres seront créées, moi-même, j’ai dit d’ailleurs sur Flamanville, qui a une centrale qui est en train d’être construite, nous la terminerons. Donc à mesure que des centrales nouvelles apparaîtront, d’autres centrales vont fermer. Donc nous devons être les meilleurs dans le démantèlement. Et Fessenheim sera justement un de ces chantiers qui donneront l’excellence de l’industrie nucléaire française.
Laurence FERRARI
Merci beaucoup François HOLLANDE…
François HOLLANDE
Merci à vous.
Laurence FERRARI
D’avoir consacré votre soirée à répondre aux questions à la fois des Français qui étaient là, merci à vous, et des milliers et des milliers d’internautes qui ont réagi sur notre site…
François HOLL